Quarante-sept députés européens ont adressé une lettre à la Commission européenne pour exiger l’interdiction des exportations d’alumine depuis l’Irlande vers la Russie, accusant cette matière première d’alimenter directement la production de drones et de missiles russes, rapporte TopTribune.
Dans leur missive datée du 15 juin 2026, consultée par Euronews, les eurodéputés interpellent le commissaire au commerce et à la sécurité économique Maroš Šefčovič ainsi que la haute représentante pour les affaires étrangères Kaja Kallas. Ils dénoncent le rôle de l’entreprise Aughinish Alumina, située en Irlande, qui continue d’exporter de l’alumine vers la Russie malgré les sanctions européennes. Selon les parlementaires, cette société contrôlée par l’oligarque russe Oleg Deripaska, sous sanctions, fournit environ 30 % des besoins européens en alumine.
Les statistiques officielles irlandaises indiquent que 83 % des exportations d’alumine du pays sont destinées à la Russie, même si l’entreprise conteste ce chiffre et affirme que la part réelle est de 45 %. Quoi qu’il en soit, les eurodéputés soulignent que cette matière première, essentielle à la production d’aluminium utilisé dans les équipements militaires, échappe toujours au 22e paquet de sanctions de l’UE contre Moscou, après vingt séries de mesures restrictives.
Un vide dans la politique de sanctions
La situation révèle une faille dangereuse dans la stratégie européenne. Alors que l’UE a imposé des sanctions sur de nombreux produits industriels, l’alumine reste autorisée à l’exportation. Les élus estiment que cela permet à la Russie de continuer à approvisionner son complexe militaro-industriel. Des enquêtes citées dans la lettre montrent que l’alumine traitée par Aughinish Alumina est acheminée vers des fonderies en Sibérie.
Les parlementaires proposent de s’inspirer de l’approche américaine face à la dépendance chinoise aux terres rares : créer un partenariat public-privé pour développer une alternative européenne viable. Ils demandent à la Commission d’évaluer les capacités de raffinage de l’alumine en Europe, de garantir des engagements d’achat à long terme par les fonderies locales et d’inclure l’alumine dans le prochain train de sanctions.
Une question de sécurité collective
Le contrôle d’Aughinish Alumina par un oligarque sanctionné pose également un problème de sécurité pour l’UE. La présence d’intérêts russes dans une chaîne d’approvisionnement stratégique européenne soulève des interrogations sur la cohérence des décisions européennes et la protection de ses infrastructures économiques.
L’Irlande mène actuellement une enquête sur les exportations de l’entreprise, mais Bruxelles traite encore le dossier comme une affaire nationale. Les eurodéputés appellent à une action commune au niveau européen, avertissant que chaque tonne d’alumine expédiée en Russie contribue à la production de drones et de missiles utilisés contre l’Ukraine.
La balle est désormais dans le camp de la Commission européenne, qui devra décider si l’alumine figurera dans le prochain train de sanctions.