Le stress des proches aidants augmente le risque de démence
Un homme de 80 ans, devenu proche aidant après le diagnostic d’alzheimer de sa femme, a révélé l’impact dévastateur de cette responsabilité sur sa santé. Malgré sa retraite programmée, il s’est retrouvé isolé, accablé par le poids de la maladie, et a finalement reçu un diagnostic d’alzheimer lui-même trois ans après le décès de sa femme, rapporte TopTribune.
Claire Webster, fondatrice de l’ONG montréalaise Caregiver Crosswalk, explique que de nombreux proches aidants ressentent une immense pression pour gérer seuls la situation. « Il ne voulait pas avoir l’air faible en demandant de l’aide. Quand il a fait une crise cardiaque et a dû avoir de l’aide temporairement, il se sentait coupable de ne pas être à la hauteur », indique-t-elle.
Il s’agit d’un exemple parmi des centaines que Webster a rencontrés au fil de ses dix années de conseils. À l’âge de 80 ans, après avoir perdu sa femme, cet homme a dû faire face à un deuil immense tout en étant épuisé. Malheureusement, cette histoire révèle des tendances préoccupantes, corroborées par une étude taïwanaise diffusée dans JAMA Network Open. Cette étude met en lumière le fait que le risque de démence chez les proches aidants de patients atteints de démence augmente de 70 %.
Quand tu es proche aidant, particulièrement pour quelqu’un qui est atteint de démence, ça te cause énormément de stress. Tu oublies de t’occuper de toi-même. Tu manques de sommeil, tu bois plus, tu manges mal, tu ne fais pas d’exercice, tu prends des médicaments pour dormir. Ce sont tous des facteurs de risque pour la démence.
Webster souligne que les proches aidants négligent souvent leur santé et manquent de suivi médical : « Tu ne t’occupes pas bien de ta santé, tu ne prends pas tes médicaments pour le cholestérol ou l’hypertension. »
Philippe Desmarais, interniste-gériatre au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), abonde dans ce sens en affirmant que la santé des proches aidants représente « un enjeu de santé publique négligé ». Il ajoute que le stress prolongé auquel sont soumis ces aides constitue un facteur de risque important pour développer des troubles cognitifs.
Une étude alarmante sur le lien entre le caregiving et la démence
L’ étude taïwanaise a suivi un million de personnes pendant plus de 10 ans et a révélé que les hommes s’occupant de leur conjointe atteinte de démence ont un risque accru de 69 % de développer la maladie, tandis que pour les femmes, ce risque grimpe à 74 %. Des études antérieures, notamment une réalisée auprès de couples américains, avaient également révélé un risque encore plus grand : les proches aidants d’un patient atteint de démence avaient six fois plus de chances de devenir eux-mêmes atteints de la maladie, selon une publication de 2010 dans le Journal of the American Geriatrics Society.
Les résultats de cette étude américaine étaient comparables à la probabilité d’être porteur d’un gène de risque, l’APOE-4, qui multiplie les risques de démence. Moins de 3 % des Canadiens ont deux copies de ce gène, mais les résultats soulignent une crise émergente.
En 2021, les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) aux États-Unis avaient rapporté que 12,6 % des proches aidants éprouvaient un « déclin cognitif subjectif », contre 10,2 % parmi ceux qui ne s’occupent pas de patients souffrant de démence. L’an dernier, la Société américaine de l’alzheimer a également annoncé que le risque de démence parmi les aidants s’élève de 27 %, tandis que les risques de diabète et d’obésité augmentent respectivement de 12 % et 8 %.
Les études montrent que cette problématique ne touche pas uniquement les personnes âgées, comme l’indique Matthew Baumgart, vice-président de la Société américaine de l’alzheimer. « On le voit dès 45 ans. Il faut vraiment que les autorités de santé publique s’occupent de ce problème. » Toutefois, les programmes d’aide existants pour soutenir la santé des proches aidants demeurent rares, dressant un tableau préoccupant pour l’avenir.