Le projet de loi d'urgence agricole soulève des préoccupations sur l'utilisation de l'eau en France

Le projet de loi d’urgence agricole soulève des préoccupations sur l’utilisation de l’eau en France

20.07.2026 18:26
3 min de lecture

Ce lundi soir à 21h30, les députés français se réunissent à l’Assemblée nationale pour examiner un projet de loi d’urgence agricole qui suscite de vives tensions. La présence des députés est cruciale pour débattre d’un texte qui pourrait redéfinir l’avenir de l’agriculture en France. Le vote, très attendu, promet d’être serré étant donné les divisions marquées parmi les parlementaires sur ce texte, présenté comme une aide aux agriculteurs français, et ce, avant que les sénateurs ne viennent à leur tour se prononcer sur le texte mardi, rapporte TopTribune.

La réintroduction de certains pesticides interdits soulève de nombreuses critiques, tandis que le sujet de l’utilisation de la ressource en eau potable à des fins agricoles crée également des inquiétudes. Des ONG, telles que WWF, accusent le gouvernement français de « prendre en otage » l’eau pour la redistribuer aux agriculteurs. « Le texte est inacceptable dans cette version. Il met en danger l’environnement et notre santé et il ne va pas aider les agriculteurs. Nous sommes très inquiets », déclare Pauline Pennober, chargée de mission de l’association Eau et rivières de Bretagne.

Le projet de loi vise à doubler les volumes de stockage d’eau à des fins agricoles d’ici 2035, souvent au détriment de zones humides déjà menacées. La France en compte plus de 800 000 et la crainte de voir des mégabassines creusées sur le territoire s’intensifie. « Cette loi veut aider uniquement les plus gros, ceux qui reçoivent déjà des subventions. On veut nous faire croire qu’on pourra stocker l’eau dans des bassines géantes, mais cette eau s’évapore et devient impropre à la consommation des animaux. Pour nous, c’est un carnage », ajoute Pauline Pennober.

Des zones humides vont disparaître

Pour la députée macroniste Nathalie Coggia, rapporteure du dossier à l’Assemblée, « des concessions ont été faites » pour permettre une adoption du texte par le camp centriste, indécis jusqu’alors. « Le stockage est facilité, mais encadré. Ce stockage sera adossé à une démarche concertée et fondé sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles », assure-t-elle. Cependant, elle admet que « certains ouvrages de stockage pourront compenser des zones humides » à condition qu’ils présentent une fonctionnalité écologique équivalente. Or, ces zones humides sont jugées essentielles pour la biodiversité et pour lutter contre le réchauffement climatique.

Il est complexe de comparer un trou artificiel en pleine culture de maïs à une réserve de biodiversité où l’eau sera disponible tout au long de l’année. « Ce texte s’oppose à tout ce que nous avons construit en matière de préservation de nos ressources naturelles. L’usage agricole devient prioritaire sur les autres, alors que nous faisons face à des sécheresses et des vagues de chaleur ! Ce contexte doit nous alerter », avertit Ludovic Brossard.

« L’eau ne doit pas être privatisée »

L’élu rennais redoute également que les décisions ne soient prises à Paris, éloignées des réalités des territoires. « Nous devons maintenir une production agricole, c’est évident. Mais l’eau ne doit pas être privatisée par certaines activités. Un cours d’eau n’est pas un tuyau qu’on peut ouvrir ou fermer à volonté. La meilleure manière de faire face aux sécheresses qui vont se multiplier est de stocker l’eau dans les sols et de façonner des terrains « éponge » plutôt qu’un paysage étouffant », conclut Ludovic Brossard.

En tant que président de la collectivité Eau du bassin rennais, il s’inquiète du lobbying puissant exercé par la FNSEA. En Bretagne, le principal syndicat agricole a tenté d’influer sur le nouveau schéma d’aménagement et de gestion des eaux du bassin de la Vilaine. Ce texte prévoyait l’interdiction de pesticides dans les zones de captage d’eau potable, mais a été suspendu sous la pression de la FNSEA. Si la loi d’urgence agricole était adoptée, trois ans de travail seraient anéantis. Les instances agricoles souhaitent obtenir davantage de sièges dans les instances locales de décision pour influencer le débat public. La balle est désormais dans le camp des députés.

Cette situation est exacerbée par les préoccupations croissantes relatives à la sécheresse et à l’approvisionnement en eau, des enjeux qui ne pourront être ignorés alors que le pays continue de faire face à des défis environnementaux majeurs. Le débat autour de cette loi d’urgence agricole est donc non seulement crucial pour le secteur agricole mais également pour l’environnement et la durabilité des ressources en eau. Les engagements de la France doivent être maintenus pour garantir tant l’avenir de l’agriculture que la protection des ressources naturelles.

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