À quelques mois des élections d’avril, le gouvernement de Viktor Orbán aurait distribué au moins 500 milliards de forints de fonds publics au moyen de décisions non publiques et difficiles à contrôler, selon des documents obtenus par le site hongrois 24.hu, rapporte TopTribune.
L’enquête porte sur des décisions signées par Viktor Orbán au cours des derniers mois de son gouvernement. Les journalistes de 24.hu ont obtenu ces documents à la suite d’une demande d’accès aux informations publiques. Ils ont recensé 55 décisions gouvernementales portant sur des réaffectations budgétaires et sur l’utilisation de ressources de l’État.
Vingt-huit autres documents pourraient toutefois être restés secrets. Le nombre exact de décisions concernées et le montant total des fonds engagés ne peuvent donc pas être établis à partir des seuls éléments rendus publics. Les informations disponibles font néanmoins apparaître plusieurs centaines de milliards de forints mobilisés par des procédures qui n’ont pas été entièrement publiées.
Des réaffectations vers des entreprises et des structures diverses
La majorité des décisions rendues publiques concernait des transferts budgétaires et le financement d’entreprises, de fondations, d’associations, de structures religieuses et d’événements sportifs. Certaines mesures portaient également sur l’achat de biens immobiliers.
Seize entreprises devaient notamment recevoir un total de 47 milliards de forints d’aides. Les documents ne permettent pas, à eux seuls, de présenter ces financements comme une opération unique. Ils décrivent une série de décisions distinctes prises par l’exécutif, dont plusieurs engagements financiers en faveur de sociétés privées.
L’enquête mentionne aussi l’intervention de l’Eximbank, la banque publique hongroise chargée du financement des échanges extérieurs. L’État a mobilisé cet établissement et accordé des garanties liées aux obligations de deux entreprises rattachées au système NER, le réseau politique et économique associé au pouvoir de Viktor Orbán.
Le montant cumulé de ces garanties atteint 500 millions d’euros, soit environ 200 milliards de forints. Dans ce dispositif, la puissance publique ne verse pas nécessairement l’intégralité de la somme au moment de la décision, mais elle prend un engagement financier sur les titres concernés. Les garanties exposent donc l’État à un risque lié au remboursement des obligations des deux entreprises.
La question de la publicité des décisions
Pour Miklós Ligeti, directeur juridique de Transparency International Hungary, le recours à des décisions non publiques pour disposer de fonds budgétaires est illégal. Selon lui, ce type de décision doit être officiellement publié. Sa position porte sur la procédure utilisée par l’exécutif pour affecter l’argent public.
La question de la transparence est au centre du dossier. Une décision gouvernementale signée par le Premier ministre peut déterminer l’affectation de crédits, organiser une garantie publique ou autoriser le financement d’un projet. Lorsque le texte n’est pas accessible, les citoyens, les parlementaires et les organisations de contrôle disposent de moins d’éléments pour vérifier les bénéficiaires, les montants et les conditions fixées par l’État.
Les documents obtenus par 24.hu concernent une période précédant directement les élections d’avril. Le gouvernement de Viktor Orbán a ainsi pris, dans les mois précédant le scrutin, des décisions touchant à la fois aux entreprises, aux organismes financés sur fonds publics et aux engagements de la banque publique hongroise.
Un déficit budgétaire attendu à 6,2 %
Ces révélations interviennent alors que les finances publiques hongroises sont suivies avec attention. Selon les prévisions de la Commission européenne citées dans le dossier, le déficit budgétaire de la Hongrie pourrait atteindre 6,2 % en 2026.
Le chiffre est présenté parallèlement à la situation de la consommation des ménages. La Hongrie affiche l’un des niveaux de consommation les plus faibles de l’Union européenne, tandis que l’état des finances publiques s’est dégradé. Ces deux éléments figurent dans le même cadre de débat sur l’utilisation des ressources de l’État, sans que les documents cités établissent un lien direct entre chaque réaffectation et l’évolution de la consommation.
Le montant de 500 milliards de forints avancé dans l’enquête regroupe plusieurs catégories d’opérations. Il comprend les aides destinées à des entreprises, les transferts budgétaires et les garanties liées aux obligations des deux sociétés connectées au système NER. Les 47 milliards de forints attribués à seize entreprises et les quelque 200 milliards de forints correspondant aux garanties de l’Eximbank sont mentionnés séparément dans les informations rendues publiques.
Le terme « NER » désigne le système de relations politiques et économiques construit autour du pouvoir d’Orbán. Les documents cités par 24.hu établissent un lien entre les deux entreprises bénéficiaires des garanties et ce réseau. Ils ne précisent pas, dans les éléments disponibles, les conditions détaillées de chaque émission obligataire ni les échéances prévues pour les engagements de l’État.
La publication de 55 décisions ne clôt pas le dossier. Vingt-huit textes supplémentaires pourraient être classifiés ou n’avoir pas été communiqués dans le cadre de la demande d’accès aux informations publiques. Leur contenu, leur montant et leur statut juridique restent donc à déterminer à partir de documents qui ne sont pas accessibles dans l’enquête citée.
Les informations révélées portent désormais le débat sur la manière dont l’ancien gouvernement hongrois a engagé des fonds publics avant les élections, sur le rôle de l’Eximbank et sur les obligations de publication des décisions gouvernementales.