Le coût du traitement de l'eau ne cesse d'augmenter.

Le coût du traitement de l’eau ne cesse d’augmenter.

12.06.2026 11:46
3 min de lecture

Une facture d’eau qui explose sur fond de nouvelles exigences

Les services d’approvisionnement en eau subissent une véritable transformation tarifaire. Dans l’ensemble de la France, les municipalités annoncent des augmentations qui largement dépassent le taux d’inflation. Entre les nouvelles réglementations européennes, le vieillissement des infrastructures et les enjeux environnementaux, le coût de traitement de l’eau augmente à un rythme sans précédent, rapporte TopTribune.

Les indicateurs appuient cette tendance : les dépenses globales des services d’eau et d’assainissement ont atteint 15,4 milliards d’euros en 2024, et une étude de La Banque Postale prévoit une augmentation de 50 % d’ici 2040, avec un doublement possible en cas de scénario ambitieux.

Des hausses qui se généralisent partout en France

Prenons l’exemple de Villefranche Beaujolais Saône, qui illustre parfaitement ce phénomène. En 2026, la redevance d’assainissement sera en hausse de 10 % à Arnas, de 5,22 % dans d’autres régions, et de 4,3 % à Saint-Julien. Emmanuel Dupit, un conseiller communautaire d’opposition, dénonce des « évolutions très importantes » avec une augmentation de 3,7 % de la part variable, soit bien plus que l’inflation attendue.

À La Rochelle, la communauté d’agglomération a décidé d’augmenter les tarifs au-delà des prévisions d’inflation, avec le prix du mètre cube d’eau passant de 1,62 à 1,70 euro, ce qui représente une hausse de 5 % pour la part variable, alors que la part fixe connaît également une progression de 2 %.

Dans le Tarn, d’autres communes font face à des augmentations similaires. Jean-Pierre Dumontet, vice-président chargé de l’eau, attribue cela aux investissements significatifs réalisés ces dix dernières années, tels que la construction de stations d’épuration et la mise à niveau des réseaux.

La directive européenne DERU 2 bouleverse la donne

Une des causes majeures de cette flambée des coûts réside dans l’application de la directive européenne « DERU 2 », qui impose l’élimination des micropolluants avant leur rejet. Cette réglementation doit être intégrée dans le droit national avant le 31 juillet 2027.

Pascal Ronzière, président de la CAVBS, s’alarme : « Nous venons à peine d’inaugurer notre nouvelle unité de traitement des eaux usées que de nouvelles règles européennes requièrent encore davantage d’investissements à venir. » Il souligne que « l’eau deviendra une ressource de plus en plus précieuse, fragile et coûteuse à gérer. »

Pour maintenir les infrastructures, l’étude de La Banque Postale recommande une hausse des tarifs d’eau potable de 3,5 % à 6 % annuellement, et une augmentation de 3,5 % à 4 % pour le service d’assainissement jusqu’en 2040.

L’Agence de l’eau alourdit aussi la facture

Les organismes publics contribuent également à cette hausse des tarifs. À compter du 1er janvier 2025, les redevances de l’Agence de l’eau seront appliquées à la consommation d’eau potable (0,39 euro HT le m³) ainsi qu’à la performance des réseaux d’eau et des systèmes d’assainissement.

Emmanuel Dupit a exprimé la nécessité d’un signal fort face à l’augmentation « tripartite » des tarifs au m³ pour l’assainissement, plaidant pour un relèvement des subventions accordées par l’Agence aux collectivités. Parallèlement, certaines régions telles que la Bretagne voient leurs coûts fulminer en raison de leur insularité.

Des marges de financement encore disponibles

Dans ce contexte budgétaire délicat, plusieurs options se présentent. Olivier Grimberg, de SFIL, souligne que les ménages français consacrent en moyenne environ 1 % de leur budget à la facture d’eau, contre 2 % pour leurs dépenses de téléphonie. Il estime qu’il existe donc des marges pour réajuster ce tarif.

L’endettement représente un autre levier potentiel. Généralement, le délai de désendettement est de trois ans pour l’eau potable et de cinq ans pour les systèmes d’assainissement, sachant que les seuils maximaux atteignent entre dix et douze ans.

La fiscalité environnementale pourrait également ouvrir de nouvelles voies. La taxe Gemapi, actuellement facultative et perçue en moyenne à 9,2 euros par habitant, pourrait être élevée à son plafond de 40 euros par habitant.

Le reflet d’une urgence climatique

Au-delà des aspects économiques, cette situation révèle une préoccupation croissante pour l’environnement. Catherine Halbwachs, en charge du programme d’adaptation d’EDF face au changement climatique, affirme que « l’eau est notre principal défi » dans le contexte du réchauffement climatique.

La température des rivières augmente, avec une hausse de 2°C en cinquante ans observée pour la Lauter en Alsace. Face à ces enjeux, les investissements se multiplient : construction de tours de refroidissement, conservation des écosystèmes et protection des zones humides. Cette dynamique rappelle les incertitudes économiques mondiales liées aux enjeux environnementaux.

Les collectivités n’ont plus d’autre option. Comme le résume Pascal Ronzière : « Il faut reconnaître que l’eau deviendra une ressource de plus en plus rare, fragile et coûteuse à traiter. » Cette réalité s’impose à l’ensemble des gestionnaires des services publics en France, transformant progressivement l’économie locale et les habitudes de consommation.

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