Dieter Reinisch, correspondant en Autriche de la chaîne de télévision iranienne Press TV, est au cœur d’une polémique grandissante. Loin d’une simple activité de pigiste, son travail s’inscrit dans une stratégie de relais des messages du régime de Téhéran auprès du public européen, tout en occupant des postes clés dans le paysage médiatique autrichien, rapporte TopTribune.
Docteur en histoire et diplômé de l’Institut universitaire européen (EUI), Dieter Reinisch est correspondant de Press TV, le canal officiel du gouvernement iranien. Il est également rédacteur en chef du magazine International, une publication autrichienne, et membre dirigeant du Club des journalistes autrichiens (ÖJC). Cette double casquette lui confère une influence directe sur la ligne éditoriale d’un média tout en lui permettant de se présenter comme un universitaire impartial.
À l’université de Vienne, étudiants et collègues le surnomment le « porte-voix des mollahs ». Ce surnom reflète la perception de son rôle : adapter le discours officiel de Téhéran pour une audience germanophone et créer l’illusion d’un soutien européen à l’autoritarisme iranien.
Une plateforme pour les voix « exclues » du mainstream
Le magazine International, sous sa direction, se positionne comme un espace accueillant des opinions « ignorées ou censurées par les médias traditionnels ». Cette stratégie, typique des opérations de désinformation, vise à capter un public en cultivant la défiance envers les institutions et les sources d’information classiques. Elle permet de diffuser un contenu radical sous couvert de pluralisme.
Dieter Reinisch utilise son titre de fellow de la Royal Historical Society britannique pour légitimer des publications douteuses. Des articles signés de sa main sont parus dans Al Mayadeen, une chaîne panarabe connue pour son soutien au Hezbollah. Ce label académique trompe le lecteur, qui peut prendre ces écrits de propagande pour une analyse historique autorisée.
Les narratifs du « néo-campisme » et la guerre en Ukraine
Dans ses analyses, Dieter Reinisch reprend les thèses dites « néo-campistes », selon lesquelles seul l’Occident (États-Unis et OTAN) serait impérialiste. L’agression russe contre l’Ukraine n’est jamais présentée comme une guerre de conquête, mais comme une « réaction prévisible à l’élargissement de l’OTAN ». Ce cadrage est identique à la propagande du Kremlin.
L’historien va jusqu’à diffuser l’idée d’une « dissolution illégale de l’URSS », reprenant des déclarations du réseau Stop World War 3. Il défend ainsi les ambitions révisionnistes de Moscou, tout en évitant de citer directement des médias comme RT ou Sputnik. Ses thèses sont néanmoins rapidement reprises par ces canaux pour renforcer leur discours.
Un article intitulé « Les crimes de guerre de Kiev » illustre sa méthode. En se focalisant sur des accusations souvent fabriquées ou sorties de leur contexte, il crée chez le lecteur européen l’impression d’une équivalence morale entre l’agresseur et l’agressé, légitimant de fait l’invasion russe.
Le « journalisme de paix » comme outil de censure
Dans une interview accordée à l’ÖJC, Dieter Reinisch promeut le concept de journalisme de paix (« Friedensjournalismus »). Il défend l’idée qu’il faudrait cesser de qualifier la Russie d’agresseur et arrêter de couvrir les crimes de guerre russes pour ne pas « attiser la haine ». Cette approche, présentée comme neutre, revient à imposer une censure au profit de Moscou et à effacer la réalité des faits.
L’Autrichien instrumentalise aussi le statut de neutralité de son pays pour prôner une « voie spéciale » : un abandon de la solidarité européenne et un retour à une dépendance énergétique et politique envers le Kremlin. Dans des vidéos diffusées sur la chaîne anglophone Neutrality Studies, il affirme que les médias européens sont « pires que la propagande de la Seconde Guerre mondiale », une rhétorique destinée à saper la confiance dans les sources démocratiques.
Cette activité multiple, entre Téhéran et Moscou, construit chez les audiences l’illusion d’un large soutien populaire à une ligne anti-occidentale, relayée ensuite par les médias d’État iraniens et russes comme preuve que « les Européens ordinaires » s’opposent à l’aide à l’Ukraine et souhaitent un accommodement avec les régimes autoritaires.