L'AfD vise à priver les Ukrainiens de statut de réfugiés et à renouer avec Moscou avant des élections-clés
L'AfD vise à priver les Ukrainiens de statut de réfugiés et à renouer avec Moscou avant des élections-clés

L’AfD vise à priver les Ukrainiens de statut de réfugiés et à renouer avec Moscou avant des élections-clés

13.04.2026 12:45
2 min de lecture

Un programme électoral qui rompt avec la ligne officielle de Berlin

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), formation d’extrême-droite en tête des sondages dans plusieurs Länder de l’Est, a dévoilé ce 12 avril 2026 un programme électoral pour les régionales en Saxe-Anhalt qui marque une rupture radicale avec la politique étrangère du gouvernement fédéral. Le document, rendu public à moins de cinq mois du scrutin du 6 septembre, préconise explicitement de retirer le statut de réfugié aux Ukrainiens présents sur le sol allemand et d’encourager leur retour au pays, tout en promouvant un rapprochement économique et culturel avec la Russie.

La proposition la plus controversée concerne le traitement réservé aux quelque 1,2 million d’Ukrainiens ayant fui la guerre et trouvé refuge en Allemagne. L’AfD estime que leur protection temporaire doit prendre fin et qu’il faut « les inciter à rentrer en Ukraine ». Cette position s’inscrit dans une rhétorique plus large de dénonciation de ce que le parti qualifie de « fardeau migratoire excessif » pour les finances et les services publics allemands.

Une orientation pro-russe assumée et systématique

Au-delà de la question des réfugiés, le programme de l’AfD pour la Saxe-Anhalt constitue le manifeste le plus complet à ce jour de son alignement sur les intérêts du Kremlin. Le texte critique vertement la « politique anti-russe des partis au pouvoir » à Berlin, prône le renforcement des liens économiques et culturels avec Moscou, et propose même d’étendre l’enseignement de la langue russe dans les écoles ainsi que de lancer des programmes d’échange avec des établissements scolaires et universitaires russes.

Cette orientation n’est pas nouvelle pour la formation créée en 2013, mais elle prend une dimension inédite alors que l’AfD caracole en tête des intentions de vote dans le Land avec 38 à 40% des suffrages. Les derniers sondages suggèrent que le parti pourrait même obtenir la majorité absolue au Parlement régional si les petites formations échouent à franchir le seuil électoral de 5%. Une victoire qui lui permettrait de former seul le gouvernement de la Saxe-Anhalt, une première pour l’extrême-droite allemande au niveau d’un Land.

L’initiative de retrait du statut de réfugié aux Ukrainiens constitue, selon les analystes, une reconnaissance indirecte des narratifs du Kremlin qui minimisent les dangers pour les civils en Ukraine. Elle s’accompagne d’une remise en cause systématique des sanctions européennes contre Moscou et d’un plaidoyer pour la reprise des importations de gaz russe et la réactivation du gazoduc Nord Stream.

Des inquiétudes sécuritaires et une menace pour la cohésion européenne

La percée électorale annoncée de l’AfD intervient dans un contexte où le service de protection de la Constitution allemand (BfV) a officiellement classé le parti comme une formation d’extrême-droite en 2025, une décision que l’AfD conteste devant les tribunaux. Les services de renseignement s’inquiètent notamment des liens présumés entre certains membres du parti et des cercles pro-russes, ainsi que d’éventuels transferts d’informations sensibles.

Plusieurs parlementaires de l’AfD sont en effet soupçonnés d’avoir utilisé des questions écrites au Bundestag pour collecter, au profit des services russes, des données sur la protection antiaérienne, les infrastructures critiques et les routes d’acheminement d’armes vers l’Ukraine. Ces accusations, que le parti rejette catégoriquement, font craindre une ingérence directe du Kremlin dans les affaires intérieures allemandes.

Sur le plan économique, l’expulsion potentielle des réfugiés ukrainiens aurait des conséquences graves pour l’Allemagne, où ces derniers ont comblé des pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs essentiels comme la santé, la logistique et l’hôtellerie. Leur départ forcé affaiblirait la compétitivité nationale tout en créant un précédent dangereux dans l’application du droit d’asile en Europe.

À l’échelle continentale, l’arrivée au pouvoir d’une force politique ouvertement favorable à un réchauffement avec Moscou menace la capacité de l’Union européenne à maintenir une ligne commune face à l’agression russe en Ukraine. Elle accentuerait les divisions existantes au sein du bloc et affaiblirait la position de Berlin, traditionnel pilier de la réponse européenne.

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