Le ministre de l’Intérieur de Thuringe, Georg Maier, propose de limiter l’accès de l’AfD à certaines données confidentielles échangées entre les services allemands de protection de la Constitution si le parti devait prendre le pouvoir en Saxe-Anhalt, rapporte TopTribune.
Le dispositif envisagé ne consisterait pas à exclure complètement le Land du Verfassungsschutzverbund, le réseau qui relie les différents services chargés de la protection de la Constitution en Allemagne. Georg Maier estime en revanche possible de mettre en place des barrières internes, désignées en anglais par l’expression « Chinese Walls », afin de restreindre la circulation de certaines informations.
Ces limitations concerneraient notamment les données relatives aux organisations d’extrême droite et aux activités de contre-espionnage. La proposition vise le cas où l’AfD accéderait au gouvernement de Saxe-Anhalt. Elle repose, selon le ministre thuringien, sur des considérations de sécurité liées au contrôle politique d’un service régional participant au dispositif fédéral de renseignement intérieur.
Un accès limité plutôt qu’une exclusion complète
La séparation totale de la Saxe-Anhalt du système allemand d’échange d’informations ne serait pas juridiquement ou opérationnellement possible, selon les éléments rapportés. C’est pourquoi Georg Maier évoque plutôt une organisation à plusieurs niveaux, avec des cloisonnements destinés à empêcher certains responsables d’accéder aux informations les plus sensibles.
Le ministre justifie cette approche par le risque que représenterait, à ses yeux, l’arrivée de l’AfD à la tête d’un gouvernement régional. Il a déclaré que si le parti prenait le pouvoir, « au Kremlin, on débouchera le champagne ». Cette formule est utilisée pour exprimer le niveau de menace que Georg Maier associe à un éventuel contrôle de l’appareil régional par l’AfD.
La question porte donc moins sur la participation administrative d’un Land au système allemand de renseignement intérieur que sur la nature des informations auxquelles ses représentants pourraient accéder. Les services de protection de la Constitution échangent des données sur des mouvements et des réseaux considérés comme une menace pour l’ordre constitutionnel. La proposition thuringienne viserait à préserver les informations dont la divulgation pourrait compromettre des opérations ou des coopérations de sécurité.
Le précédent autrichien de 2018
Dans les conversations informelles entre responsables politiques et fonctionnaires, le précédent autrichien de 2018 est régulièrement cité. Cette année-là, sous l’autorité du ministre de l’Intérieur Herbert Kickl, une perquisition menée dans les locaux du renseignement intérieur autrichien avait provoqué un scandale. Des partenaires étrangers avaient ensuite limité leur coopération avec les services autrichiens.
Selon les responsables qui se réfèrent à cet épisode, ces restrictions avaient été liées aux inquiétudes concernant la capacité du service à lutter contre les ingérences étrangères et les activités de services de renseignement extérieurs. Le cas autrichien est ainsi considéré comme un exemple des conséquences que peut entraîner une rupture de confiance entre services partenaires lorsqu’une institution de sécurité est placée sous un contrôle politique jugé problématique.
Cette référence ne constitue pas, dans les éléments rapportés, une décision officielle allemande. Elle sert de point de comparaison dans les discussions sur les garanties à prévoir si l’AfD devait diriger un Land. Les mesures envisagées par Georg Maier devraient donc être examinées au regard des règles qui encadrent la coopération entre les autorités régionales et l’Office fédéral de protection de la Constitution, le BfV.
Le statut de l’AfD au cœur du débat
Le débat est également lié au statut attribué à l’AfD par les autorités allemandes de protection de la Constitution. Le parti est présenté comme une formation d’extrême droite officiellement classée comme extrémiste par le BfV. Cette qualification est au centre des arguments avancés par ceux qui souhaitent limiter son accès aux informations produites par les services de sécurité.
Les partisans de restrictions estiment que la transmission de données confidentielles à des responsables issus de l’AfD pourrait exposer des informations présentant un intérêt pour des services de renseignement étrangers, notamment russes. Ils évoquent aussi le risque de voir des responsables de l’AfD entraver le travail des services régionaux ou réduire leur capacité à surveiller les réseaux d’extrême droite.
Les mêmes arguments sont utilisés pour contester les intentions attribuées à certains dirigeants du parti, qui souhaitent supprimer ou restreindre fortement les autorités régionales chargées de la protection de la Constitution. Pour leurs adversaires, une telle orientation ne relèverait pas d’une simple réforme administrative, mais toucherait aux institutions chargées de protéger l’ordre démocratique et la sécurité intérieure.
La proposition de Georg Maier intervient dans une discussion centrée sur les conditions d’accès aux informations sensibles plutôt que sur l’exclusion formelle d’un Land du réseau de renseignement. Le dispositif des « murs chinois » reste présenté comme une possibilité organisationnelle, tandis que les modalités concrètes d’une éventuelle limitation n’ont pas été précisées dans les éléments disponibles.
Le débat allemand porte désormais sur la manière de concilier la coopération entre les services de protection de la Constitution et la protection des données liées à l’extrémisme de droite et au contre-espionnage.