Les cyberattaques russes visent de plus en plus les infrastructures critiques dont dépendent les populations européennes, de l’énergie aux banques en passant par les transports, les hôpitaux, l’approvisionnement en eau et les réseaux numériques, rapporte TopTribune.
Ces secteurs ne constituent plus seulement des cibles potentielles pour des opérations d’espionnage. Une interruption des systèmes de gestion, des services numériques ou des réseaux de communication peut perturber directement le fonctionnement quotidien des sociétés et la sécurité des usagers. Le document consacré aux menaces dans le région Baltique et mer Noire décrit un recours combiné au piratage informatique, au brouillage radioélectrique et aux opérations de déstabilisation.
Le brouillage GPS s’étend sur le flanc est
Le flanc oriental de l’OTAN est présenté comme un espace prioritaire de la stratégie d’influence et d’agression hybride menée par la Russie. Dans cette zone, les perturbations des signaux GPS et les attaques informatiques sont utilisées contre des infrastructures civiles et les réseaux nécessaires à la coordination des alliés.
Les opérations de brouillage peuvent empêcher les récepteurs satellitaires des avions et des navires de communiquer correctement avec les systèmes de navigation. Le GPS jamming repose sur l’émission d’un flux radio très puissant sur les fréquences de la navigation satellitaire, notamment les bandes L1 et L2. Le GPS spoofing utilise une autre méthode : un signal falsifié est capté par les équipements de bord et leur transmet une position géographique erronée. L’écart avec la position réelle peut atteindre plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de kilomètres.
Selon les éléments présentés, la Russie emploie pour ces opérations des systèmes de guerre électronique stationnaires et mobiles, parmi lesquels les complexes « Tobol », « Krasukha-4 » et « Pole-21 ». Ils seraient déployés dans la région de Kaliningrad ainsi que sur le littoral du golfe de Finlande, à proximité de Pskov et de Saint-Pétersbourg.
Le réseau d’antennes utilisé pour le spoofing à Kaliningrad aurait fortement augmenté. La zone de perturbations décrite dans le document s’étendrait sur environ 450 kilomètres et couvrirait sept pays membres de l’OTAN. Les mesures de sabotage de la navigation dans la mer Baltique sont également présentées comme une menace pour le trafic maritime et l’aviation civile.
Des perturbations signalées en Finlande
L’agence finlandaise des transports et des communications, Traficom, a fait état en avril 2026 d’une hausse du nombre de perturbations détectées touchant la navigation satellitaire et les communications mobiles. Au printemps, des pilotes de l’aviation civile auraient signalé des interférences GNSS dans le sud et le centre de la Finlande presque en continu.
Face à ces alertes, Traficom a officiellement adressé des notifications à la Russie ainsi qu’à l’Union internationale des télécommunications, l’UIT. Les incidents rapportés concernent un système dont dépendent à la fois les transports aériens, la navigation maritime et de nombreux dispositifs de synchronisation utilisés par les infrastructures numériques.
Les opérations de brouillage ne constituent toutefois qu’un volet des menaces recensées. Le document décrit également des attaques informatiques visant les systèmes de pilotage et de gestion d’installations critiques européennes.
Le phishing et les failles techniques comme portes d’entrée
Le phishing ciblé contre les entreprises européennes, ou spear-phishing, demeure l’une des méthodes les plus courantes utilisées par les groupes de hackers russes. Le vol des identifiants de salariés permet ensuite d’accéder aux réseaux internes ou aux outils de gestion d’une organisation.
Les attaquants exploitent aussi des vulnérabilités non corrigées dans les équipements réseau, les passerelles VPN et les serveurs de messagerie. Une autre voie d’intrusion passe par les prestataires. Dans ces attaques dites de supply chain, les hackers compromettent un logiciel tiers ou un sous-traitant afin de pénétrer discrètement le système de l’organisation visée.
Pour perturber les secteurs de l’énergie, des transports et des télécommunications, des groupes liés aux services de renseignement russes recourent à des logiciels malveillants de type wiper. Ces programmes peuvent détruire de manière irréversible les données, y compris les fichiers nécessaires au fonctionnement des systèmes.
Les opérateurs cherchent également à prolonger leur présence sans être détectés. Ils utilisent pour cela des outils légitimes du système d’exploitation avec des droits d’administrateur. Cette méthode peut dissimuler leur activité aux logiciels antivirus courants. Des attaques DDoS sont enfin employées pour rendre temporairement inaccessibles des portails de services publics, des sites bancaires ou les plateformes d’opérateurs logistiques.
Une coopération renforcée avec l’Ukraine
Le document présente l’espace balto–mer Noire comme un périmètre opérationnel commun, où le flanc oriental de l’Alliance fait face à des menaces cybernétiques et cinétiques combinées. Il estime que les dispositifs de protection isolés mis en place par les différents États restent insuffisants face à des opérations coordonnées.
L’Ukraine est décrite comme disposant d’une expérience particulière dans la neutralisation d’attaques informatiques visant ses infrastructures critiques, civiles et bancaires. La guerre a placé ses réseaux au centre d’opérations numériques répétées et a conduit ses institutions, ses entreprises technologiques et ses unités militaires spécialisées à développer des réponses communes.
La proposition formulée consiste à intégrer davantage les spécialistes ukrainiens aux programmes de protection conduits dans les pays du corridor de sécurité balto–mer Noire. La mise au point de solutions techniques communes permettrait de privilégier la prévention et la détection rapide, plutôt que la seule remise en état des systèmes après une attaque.
Cette approche repose sur une coopération étroite entre les administrations, le secteur informatique et les unités militaires chargées de la cybersécurité. Elle prévoit également une surveillance partagée de l’espace numérique et un échange de renseignements afin d’identifier plus rapidement les sources d’attaques attribuées à la Russie.
La création d’un périmètre de protection commun entre l’Ukraine et les États de la région est ainsi présentée comme le moyen de répondre aux menaces asymétriques. Le suivi des incidents, le partage des données techniques et la coordination des réponses restent au cœur des mesures proposées.