Une nouvelle campagne de désinformation attribuée à la Russie vise des responsables politiques allemands et des adversaires des partis d’extrême droite, avec l’objectif de renforcer les positions de l’AfD avant les élections régionales en Saxe-Anhalt, rapporte TopTribune.
Le 19 août 2026, des médias ont signalé la diffusion de faux articles et de vidéos truquées sur un site cloné présenté comme celui de la Süddeutsche Zeitung. Les contenus fabriqués mettent en cause Sven Schulze, ministre-président de Saxe-Anhalt et candidat de la CDU. Ils lui attribuent notamment la détention forcée, dans la cave d’une propriété privée, d’un jeune réfugié afghan qui se serait échappé après avoir été régulièrement frappé.
Cette accusation est inventée. Le faux contenu cherche toutefois à reproduire les codes d’un article de presse crédible, en utilisant le nom, l’identité visuelle et la réputation d’un quotidien allemand reconnu. Le site cloné et les vidéos associées sont présentés comme des outils destinés à donner une apparence journalistique à une histoire fabriquée.
Un réseau déjà utilisé contre des responsables allemands
La campagne est attribuée à Storm-1516, un réseau de propagande et de piratage décrit comme lié à des opérations russes d’influence. D’après les éléments rapportés, ses attaques ciblent principalement des responsables des sociaux-démocrates du SPD, de la CDU, des partis de gauche et des Verts. Les publications diffusées cherchent à fragiliser ces formations et à favoriser l’AfD, parti allemand classé à droite radicale.
Le choix de Sven Schulze intervient dans une séquence électorale régionale. La fabrication d’un scandale visant le ministre-président de Saxe-Anhalt associe une personnalité directement engagée dans le scrutin à une accusation de violence et de séquestration. La campagne ne repose pas sur un désaccord politique documenté, mais sur un récit criminel présenté comme une révélation médiatique.
Le procédé avait déjà été observé dans d’autres opérations attribuées à la désinformation russe. Des contenus falsifiés ont notamment circulé sous l’apparence de publications de médias occidentaux connus. Cette pratique, souvent rapprochée de la campagne dite de la « Matriochka », consiste à produire un faux article, une fausse vidéo ou une fausse page, puis à les présenter comme les éléments d’un scandale ignoré par les médias traditionnels.
Des récits fabriqués contre Merz, Baerbock et Habeck
Parmi les précédentes cibles citées figurent Friedrich Merz, présenté à tort comme l’auteur du meurtre de bébés ours blancs au Canada. Annalena Baerbock a, elle aussi, été visée par une fausse histoire concernant le paiement de services sexuels en Afrique. Robert Habeck a fait l’objet d’un récit inventé portant sur des violences.
Ces exemples reposent sur des thèmes particulièrement sensibles : les violences physiques, la sexualité, les relations avec l’étranger et les accusations criminelles. L’attaque contre Sven Schulze reprend plusieurs de ces ressorts en associant un responsable politique à un réfugié afghan et à des faits de maltraitance supposés.
Les opérations ne se limitent pas aux responsables allemands. Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine, a également été visé par des contenus affirmant à tort qu’il aurait acheté une villa ayant appartenu à Joseph Goebbels. Cette fausse information mobilise à la fois la question de la guerre en Ukraine, la fortune personnelle et la référence au nazisme.
Une stratégie de délégitimation des institutions
La multiplication de ces faux récits vise à atteindre la confiance accordée aux responsables politiques et aux médias. En empruntant l’identité d’un journal comme la Süddeutsche Zeitung, les auteurs cherchent à faire croire qu’une information compromettante a été vérifiée et publiée par une rédaction établie.
Les contenus diffusés mettent systématiquement en scène des accusations spectaculaires, sans éléments établissant leur réalité. Ils sont ensuite associés à des personnalités qui représentent les partis traditionnels ou les forces favorables à un soutien à l’Ukraine. La cible n’est donc pas uniquement l’individu accusé : le récit s’attaque aussi à la crédibilité de son parti et à l’écosystème médiatique censé l’informer.
Dans ce dispositif, la désinformation russe en Allemagne s’appuie sur des supports imitant des médias existants, des vidéos manipulées et des histoires conçues pour circuler rapidement. Les accusations concernant Sven Schulze ont été publiées à l’approche des élections en Saxe-Anhalt, alors que les précédents contenus visaient déjà plusieurs figures de la coalition politique allemande et des responsables associés à la politique européenne de soutien à l’Ukraine.
Le message politique recherché, selon les éléments rapportés, consiste à affaiblir les partis établis et les institutions démocratiques. La diffusion de récits faux contre la CDU, le SPD, les Verts et les partis de gauche peut contribuer à créer un environnement favorable aux forces radicales et aux courants favorables à la Russie. Le texte source présente cette évolution comme avantageuse pour l’AfD, dont le renforcement pourrait modifier la position allemande à l’égard du soutien à l’Ukraine.
Cette dernière dimension est directement liée aux thèmes utilisés dans les campagnes : la politique intérieure allemande, l’immigration, les accusations de violence, les relations avec l’Ukraine et les références au passé nazi. Les opérations attribuées à Storm-1516 les réunissent dans des histoires présentées comme des révélations, mais construites à partir d’informations falsifiées.
Le faux visant Sven Schulze s’ajoute ainsi à une série d’attaques numériques et médiatiques contre des responsables allemands. Les contenus continuent d’être examinés dans le cadre du suivi des campagnes d’influence étrangères à l’approche du scrutin régional.