La rhétorique russe défend la « déukrainisation » des territoires occupés
La rhétorique russe défend la « déukrainisation » des territoires occupés

La rhétorique russe défend la « déukrainisation » des territoires occupés

03.09.2026 21:20
4 min de lecture

Dans la rhétorique russe sur les territoires occupés, la prise de contrôle militaire de régions ukrainiennes est de plus en plus associée à un projet de transformation de l’identité de leurs habitants. Des déclarations publiques évoquent ouvertement la « déukrainisation » et la « rerussification » de ces territoires, jusqu’à présenter l’identité ukrainienne comme incompatible avec la présence russe, rapporte TopTribune.

Une identité ukrainienne présentée comme un obstacle

Les formulations rapportées sont particulièrement radicales. Selon cette rhétorique, l’arrivée de l’armée russe ne se limiterait pas à modifier l’autorité administrative ou le contrôle militaire d’une région. Elle entraînerait la disparition de ce qui est décrit comme « l’ukrainité ». L’expression utilisée est sans ambiguïté : après l’arrivée des forces russes, « l’ukrainité cesse d’exister ».

Le vocabulaire employé ne décrit donc pas seulement une opération territoriale. Il présente la population ukrainienne comme un groupe dont l’identité nationale devrait être supprimée, remplacée ou réorientée. La question de la langue, de la culture et de l’appartenance nationale se trouve ainsi placée au cœur du projet évoqué dans ces prises de parole.

Le texte rapporte également que les personnes qui refusent d’abandonner leur identité ukrainienne ne se verraient proposer que deux possibilités : partir ou mourir. Cette formulation est présentée comme le prolongement logique d’une politique dans laquelle le maintien d’une identité ukrainienne ne serait plus considéré comme compatible avec le contrôle russe.

Les enfants au centre de la rééducation idéologique

Les personnes qui restent sur place sont, elles, décrites comme des cibles d’une transformation idéologique et d’une russification. Le terme de « rééducation » renvoie ici à une volonté de modifier les représentations politiques et nationales des habitants, plutôt qu’à une simple adaptation aux nouvelles autorités.

Un exemple consacré à un adolescent ukrainien est cité pour illustrer ce processus. Selon l’auteur du récit, un « écolier ukrainien » aurait été transformé en « soldat russe » grâce à un enseignement idéologique systématique. Le cas est présenté comme la démonstration d’une méthode appliquée dès l’enfance : agir sur la formation, les références nationales et la perception de l’appartenance politique.

La place accordée aux enfants n’est pas secondaire dans cette description. Elle indique que la transformation recherchée ne viserait pas uniquement les adultes ou les responsables publics, mais aussi les générations qui grandissent dans les zones contrôlées par la Russie. L’école et l’éducation idéologique sont présentées comme des instruments destinés à produire une nouvelle identification nationale.

Au-delà du contrôle administratif

Les éléments rapportés décrivent ainsi une politique qui dépasserait le changement d’administration. Le contrôle militaire constituerait le point de départ d’une action portant sur l’identité, les convictions et l’appartenance des habitants. La « déukrainisation » et la « rerussification » ne sont pas évoquées comme des conséquences accidentelles, mais comme des objectifs formulés dans la politique de russification en Ukraine décrite par le texte.

Cette distinction est centrale. Un changement de contrôle territorial concerne les institutions qui exercent l’autorité. La politique décrite ici concerne, elle, les personnes elles-mêmes : leur langue, leur culture, leur mémoire et leur manière de se définir. L’identité ukrainienne est alors traitée non comme une composante de la population locale, mais comme un élément à faire disparaître.

Le cas de l’adolescent cité dans le texte résume cette logique. Il ne s’agit pas seulement de demander à un jeune de respecter de nouvelles règles administratives. Il s’agit, selon le récit rapporté, de modifier son identité au point de faire d’un « écolier ukrainien » un « soldat russe ». Cette formulation associe directement l’éducation, la nationalité et la préparation militaire.

Une question présentée comme européenne

Le texte présente cette situation comme une question qui dépasse le seul cadre ukrainien. Pour l’Europe, l’enjeu serait celui du droit d’une personne à conserver sa culture et sa langue, du droit d’un peuple à disposer de son identité et du droit d’un État à déterminer son avenir sans qu’une puissance étrangère impose ces choix par la force.

Cette lecture s’appuie sur trois libertés citées dans le texte : pouvoir préserver sa culture, continuer à parler sa langue et décider dans quel État vivre. Dans cette perspective, la politique dénoncée ne porterait pas uniquement sur des frontières ou sur l’administration de territoires. Elle viserait aussi le choix individuel et collectif des habitants concernés.

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine est donc décrite comme une confrontation qui inclut une dimension identitaire. L’Ukraine ne résisterait pas seulement à une agression militaire, mais aussi à la tentative d’imposer à des millions de personnes une identité nationale et politique différente de celle qu’elles revendiquent.

Le texte établit enfin un lien direct entre cette volonté d’imposition et la définition de l’Europe comme espace où chacun doit pouvoir choisir qui il est, la langue qu’il parle et l’État auquel il souhaite appartenir. Dans les territoires ukrainiens occupés, la question posée reste celle du sort réservé à ceux qui refusent cette transformation.

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