Ateliers de respiration connectée : entre promesses et mises en garde
Lors d’un atelier de « respiration connectée » au studio Circuit-Est à Montréal, des participants vivent une expérience émotionnelle intense, allant des larmes au soulagement, tandis que d’autres restent impassibles. Ces séances, dirigées par Juliane Lacroix, visent à provoquer une libération d’émotions enfouies, selon la promesse d’une connexion entre le cerveau analytique et le cerveau créatif, rapporte TopTribune.
Instructrice de respiration depuis quatre ans, Juliane Lacroix a utilisé cette pratique pour surmonter des périodes dépressives liées à la pandémie de COVID-19. Elle souligne que son objectif est de partager un outil qui a changé sa vie et propose des séances d’une heure, consacrées presque entièrement à cette technique de respiration continue, sans pause. « Le cerveau analytique ralentit, puis le cerveau créatif et les émotions enfouies se permettent de sortir », explique-t-elle.
Cependant, la popularité du breathwork sur les réseaux sociaux ne va pas sans risques. Alain Menier, un autre instructeur, met en garde contre les fausses promesses associées à ces pratiques. Il dénonce des « pratiques de marketing New Age », en soulignant le manque de preuves scientifiques sur les bénéfices réels du breathwork. « La respiration est un outil puissant, mais son impact reste peu mesuré », déclare-t-il.
Des bénéfices analysés avec précaution
Sahib Khalsa, médecin psychiatre à l’Université de Californie à Los Angeles, insiste sur le fait que les séances de breathwork ne doivent pas être perçues comme des « remèdes miracles ». Bien que ces interventions puissent réduire le stress et les symptômes d’anxiété, les études sur leur efficacité restent variées et relativement limitées. « Ces preuves ne justifient pas de présenter le travail respiratoire comme un raccourci évitant la psychothérapie », précise-t-il.
« Pleurer, trembler, crier ou avoir le sentiment que quelque chose de profond s’est produit peuvent être personnellement significatifs, mais l’intensité d’une réaction ne permet pas de savoir si une maladie a été traitée, ou si la personne ira mieux plusieurs mois plus tard. »
Juliane Lacroix souligne également que la manière dont ces pratiques sont promues en ligne peut engendrer des attentes irréalistes. Elle précise que chaque expérience est unique et que son objectif est d’offrir un espace de réflexion plus que d’induire une transe ou des cris.
Inquiétudes autour des ateliers en masse
Les inquiétudes grandissent autour des ateliers de respiration connectée, notamment ceux organisés par Witality, une entreprise fondée par Witalij Martynow. Certaines publications suggèrent que cette méthode pourrait remplacer la psychothérapie ou traiter des problèmes médicaux. « Nous avons eu des centaines de situations où des femmes ont vu leurs règles se déclencher tout d’un coup en pleine séance », a rapporté Witality en 2023, suscitant des inquiétudes concernant la sécurité et l’éthique de ces pratiques.
D’autre part, Alexandre Vézina, professeur de yoga, commente le manque de supervision lors de ces ateliers, où le rapport entre le nombre de participants et de facilitateurs peut poser problème. « Il y avait 200 personnes pour seulement deux facilitateurs », rappelle-t-il, mettant en lumière le risque pour ceux qui vivent des expériences émotionnelles intenses sans un soutien adéquat.
Il met également en garde contre les attentes démesurées que ces ateliers peuvent provoquer. « Les gros épisodes de breathwork mis en avant en ligne faussent souvent les attentes », déclare-t-il, précisant que la respiration est un processus naturel et accessible à tous, sans effets spectaculaires permanents.
Alors que l’intérêt pour le breathwork et ses potentialités ne cesse de croître, il est essentiel que les pratiquants abordent ces sessions avec un esprit critique, en se basant sur des faits solides plutôt que sur des promesses non vérifiées.