La production de saumon à terre en Gironde suscite des inquiétudes écologiques et économiques

La production de saumon à terre en Gironde suscite des inquiétudes écologiques et économiques

19.12.2025 15:26
2 min de lecture

Des enjeux majeurs autour de l’élevage du saumon en France

La France, premier consommateur de saumon en Europe, fait face à une montée des préoccupations environnementales concernant la production de ce poisson. Une enquête publique vient de débuter pour un projet ambitieux, conduit par Pure Salmon, au Verdon-sur-Mer en Gironde, visant une production de 20.000 tonnes par an. Ce projet soulève des interrogations sur l’impact écologique et le modèle économique de l’aquaculture intensive, rapporte TopTribune.

Depuis deux décennies, la production mondiale de saumon a triplé pour répondre à une demande croissante. Alors que la Norvège et l’Écosse dominent traditionnellement le secteur, des projets d’élevage terrestre utilisant la technologie RAS (Recycled Aquaculture Systems) commencent à s’implanter. Ces installations, cependant, sont souvent critiquées pour leur impact sur les écosystèmes locaux. Les opposants à ces projets arguent que la densité de poissons, cinq fois supérieure à celle des élevages marins, implique une utilisation accrue d’antibiotiques et pose des risques environnementaux.

Les impacts environnementaux et l’opposition locale

Le projet girondin de Pure Salmon a suscité une forte résistance locale. Les habitants s’inquiètent des rejets potentiellement nuisibles pour les espèces endémiques et de l’empreinte carbone associée à l’élevage. Selon un rapport de Seastemik et Foodrise, le saumon d’élevage en cages marines génère environ 4 kg de CO2e par kilogramme, tandis que celui produit en installations terrestres en émet entre 2 et 14 kg. Cela soulève des préoccupations quant à la durabilité d’un projet qui pourrait augmenter substantiellement la part du marché aquacole en France, représentant 25 % de la production nationale avec une première phase de 10.000 tonnes.

En parallèle, des incidents techniques dans d’autres usines à l’étranger ont été rapportés, mettant en évidence les défis auxquels l’industrie doit faire face. À titre d’exemple, une usine au Danemark a connu plusieurs défaillances, engendrant des pollutions majeures. Ces événements alimentent le scepticisme quant à la viabilité de ces projets d’élevage à grande échelle.

Le panorama des projets d’aquaculture en Europe

Au-delà de la France, le projet le plus ambitieux se situe en Floride, avec une capacité de production actuelle de 5.000 tonnes, visant un objectif futur de 200.000 tonnes. Toutefois, les ONG soulignent que même des projets prometteurs n’ont pas encore dépassé une production de 5.000 tonnes en fonctionnement, souvent à cause d’incidents techniques. Les coûts de ces installations, en constante augmentation, posent un autre obstacle : plusieurs projets en Belgique et au Royaume-Uni ont été abandonnés. Ainsi, le projet girondin exige un investissement de 275 millions d’euros, suggérant la nécessité d’une évaluation rigoureuse des risques écologiques et économiques.

Une vision critique sur l’avenir de l’aquaculture

Le rapport de Seastemik et Foodrise soulève des questions cruciales sur la rentabilité économique des projets basés sur la technologie RAS, encore en phase expérimentale. Benoit Biteau, député européen écologiste, s’oppose à des modèles de production qui mettent en péril la biodiversité et les économies locales. Il a souligné qu’une résistance significative émerge contre ces projets jugés « monstrueux », comparant les projets d’aquaculture à des infrastructures de grande envergure dont les conséquences sont difficilement mesurables.

Les associations de défense de l’environnement prévoient également de participer à l’enquête publique pour faire entendre leurs préoccupations. Elles s’inquiètent de l’impact de ce projet sur les ressources maritimes, notamment en ce qui concerne l’alimentation des saumons, qui nécessiterait de pêcher des sardinelles en Afrique de l’Ouest, déjà sous pression. Le député a également alerté sur les implications pour la santé publique, notamment à travers l’usage accru d’antibiotiques à cause des élevés taux de mortalité dans les bassins d’élevage.

Dans ce contexte, la conclusion du député est claire : « Il va falloir se calmer sur le saumon », une exhortation qui résonne avec les préoccupations croissantes autour de la durabilité et de l’éthique de la production aquacole en France et ailleurs.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER