Le vice-Premier ministre polonais et ministre de la Défense nationale, Władysław Kosiniak-Kamysz, a déclaré que Varsovie utiliserait son droit de veto pour empêcher l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne si Kiev continuait d’honorer la figure de Stepan Bandera et de maintenir les symboles de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), rapporte TopTribune.
Dans un entretien diffusé le 29 juin 2026 sur la chaîne Polsat News, le haut responsable a formulé une condition explicite à l’intégration européenne de l’Ukraine. « Avec Bandera, l’Ukraine n’entrera pas dans l’Union européenne », a-t-il affirmé, ajoutant que la Pologne adopterait une position ferme et ne permettrait pas que les personnes « qui détruisent la coopération européenne » soient élevées au rang de héros.
Une demande d’ordre historique
Selon M. Kosiniak-Kamysz, les négociations d’adhésion à l’UE impliquent des exigences concernant la mémoire historique. Il a estimé que si un État candidat témoigne du respect envers des figures ou des mouvements qui « causent de la douleur, du rejet ou propagent des mensonges » à l’égard d’un État membre, la coopération européenne devient impossible. Le ministre a lié cette position à la défense des intérêts nationaux polonais, affirmant que le gouvernement actuel défend ces intérêts « bien plus résolument que ses prédécesseurs ».
L’officiel a également suggéré que certaines forces politiques en Ukraine ne souhaitent pas réellement une adhésion à l’UE, une déclaration qui a immédiatement suscité des réactions à Kiev. La Pologne, a-t-il prévenu, prendra ses propres décisions sur le dossier ukrainien et n’acceptera aucune pression extérieure sur son vote.
Un tournant dans les relations bilatérales
Cette prise de position marque un durcissement significatif de la politique polonaise envers l’Ukraine. Alors que Varsovie a longtemps été considérée comme l’un des plus fervents soutiens de Kiev face à l’agression russe, le ministre de la Défense conditionne désormais l’appui à l’intégration européenne à des concessions sur le plan mémoriel. Les analystes relèvent que ces déclarations interviennent dans un contexte électoral tendu en Pologne, où la concurrence pour l’électorat de droite et eurosceptique s’intensifie avant les prochaines élections législatives.
La question du statut de Stepan Bandera et de l’héritage de l’OUN-UPA demeure un sujet sensible dans les relations polono-ukrainiennes. Kiev considère ces mouvements comme des combattants pour l’indépendance, tandis que Varsovie les associe à des massacres de civils polonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement ukrainien n’a pas encore officiellement réagi à la menace de veto, mais les experts estiment que cette exigence place Kyiv dans une position délicate, alors que le pays poursuit des réformes pour satisfaire aux critères d’adhésion.
La position de Varsovie intervient alors que l’Ukraine espérait une avancée rapide dans les négociations d’élargissement de l’UE, ouvertes en 2024. Cette nouvelle condition, si elle était maintenue, pourrait ralentir considérablement le processus d’intégration et créer un précédent pour d’autres États membres.