Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, est vivement critiqué par l’Association nationale de police judiciaire (ANPJ) pour ce qu’elle qualifie d’« hypocrisie » et de « trahison » à propos de son propre bilan en tant qu’ancien ministre de l’Intérieur. Cette réaction a été provoquée par une note envoyée par Darmanin à son successeur, Laurent Nuñez, dans laquelle il met en lumière les défaillances dans le traitement des violences sexuelles sur mineurs, rapporte TopTribune.
Dans cette note révélée le 8 août 2026, Darmanin détaille des problèmes majeurs, notamment des dossiers « fantômes » et un nombre inquiétant d’enquêtes à l’abandon. Il évoque également un manque d’effectifs dans les unités chargées de ces affaires, demarrant une tension entre l’ex-ministre et les enquêteurs de la PJ qui lui reprochent de ne pas avoir pris ses responsabilités pendant son mandat à la tête de l’Intérieur.
Un des éléments déclencheurs de cette colère est le cas tragique de Lyhanna, une collégienne de 11 ans retrouvée morte en juin dans le Gers. Jérôme Barella, le principal suspect, a été mis en examen pour viol et meurtre malgré de multiples complaints pour des agressions sexuelles sur mineurs qui n’avaient pas été traitées adéquatement.
Un constat alarmant sur les violences aux mineurs
Le rapport de l’ANPJ critique la « trahison » de Darmanin, qui semble se dédouaner des lacunes dans le système judiciaire qu’il a dirigé. Le président de l’ANPJ a déclaré que les observations faites dans la note, reliant le désengagement et l’inefficacité des services de police judiciaire à ses propres décisions, sont parfaitement fondées. « C’est un véritable Dr. Jekyll et Mr. Hyde », ont-ils ajouté, en soulignant la double posture de Darmanin entre son rôle à l’Intérieur et maintenant à la Justice.
« Dans ce rapport, Docteur Darmanin, ministre de la Justice, se livre à un exercice d’inventaire des lacunes des services de police judiciaire du ministère de l’Intérieur, si longtemps occupé par Mister Gérald, resté place Beauvau plus de quatre ans, soit plus qu’aucun de ses prédécesseurs depuis 50 ans. »
Dossiers non traités : un chiffre alarmant
Darmanin met également en lumière le déficit chronique d’enquêteurs, évoquant plus de trois millions de dossiers non traités, ce qui compromet gravement la lutte contre les violences sexuelles. L’ANPJ a exprimé sa frustration par rapport à une réforme de la police qu’elle considère insuffisante et inefficace, n’apportant aucune réelle solution à la crise actuelle.
Malgré les promesses de la réforme de 2024, les résultats sont décevants. L’ANPJ pointe la nécessité d’un effectif de 22 000 agents pour une police judiciaire véritablement efficace, tandis que les conditions de travail des enquêteurs continuent de se détériorer.
Gérald Darmanin réagit par écrit
En réponse à ces accusations, le ministre a publié un courrier de trois pages destiné à contrecarrer les critiques, arguant sur X que son action à l’Intérieur a été marquée par des avancées significatives, notamment l’augmentation des effectifs policiers. « Personne n’a créé autant d’effectifs aux policiers et aux gendarmes (plus de 8 000 !), donné autant de moyens… », a-t-il déclaré, tentant de se justifier dans cette polémique croissante.
« Nous avons rappelé à M. Darmanin pendant quatre ans qu’il fallait simplifier la procédure pénale… », a réagi Frédéric Lauze, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale, soulignant le cynisme du ministre dans sa gestion des problèmes structurels de la police.
Source : AFP.