La France est secouée par la mort tragique du militant identitaire Quentin Deranque, survenue samedi à Lyon suite à une échauffourée avec des individus masqués lors d’une conférence de l’eurodéputée La France Insoumise (LFI) Rima Hassan. Cette situation a suscité de vives réactions, notamment de la part de figures de la droite et de l’extrême droite qui pointent du doigt l’extrême gauche. « La violence d’extrême droite est dérisoire par rapport à celle d’extrême gauche, assure Marion Maréchal au micro de BFMTV ce mardi. Ça n’existe pas statistiquement, rapporte TopTribune.
Cependant, l’histoire récente dément cette minimisation. Des meurtres attribués à des groupes ou individus liés à l’extrême droite ont été enregistrés, comme ceux de Clément Méric en 2013 à Paris, Federico Martín Aramburu en 2022 à Paris, et Ismaël Ali, dont le corps a été retrouvé dans un étang près de Lyon en janvier 2026.
Pour Nicolas Lebourg, historien spécialisé dans l’extrême droite, il est erroné de considérer que « la violence d’extrême droite est dérisoire ». Depuis 1986, date à laquelle le terrorisme est intégré dans le Code pénal, 59 meurtres ont été causés par des mouvements d’ultra-droite, contre seulement 6 pour l’ultragauche. « Quatre d’entre eux sont des assassinats commis par Action Directe. Nous sommes face à des stratégies terroristes d’extrême gauche ayant également existé en Allemagne ou en Italie après 1968 », explique-t-il. Il conclut en relevant que les événements violents incluent aussi des affrontements entre hooligans de droite et de gauche et la mort du jeune Quentin.
Une violence désorganisée
Ce constat soulève la question de l’origine de ce déséquilibre. « La létalité plus élevée de l’ultradroite s’explique par son caractère désorganisé : ce n’est pas une violence dans une stratégie, comme celle d’Action Directe, mais souvent dans le cadre de bagarres pour le contrôle d’un territoire, souvent avec un mobile racial et passionnel », précise Nicolas Lebourg. Ainsi, Marion Maréchal se trompe en minimisant les violences d’extrême droite.
Il note aussi deux évolutions notables. La première concerne les cibles de l’ultradroite : « Depuis 2017, on observe un recentrage sur deux cibles : les minorités ethniques et les militants de gauche. Autrefois, l’éventail des victimes était plus large, incluant des élus et des journalistes. Cela a été constaté à l’échelle européenne dès 2018, mais en France, cette tendance s’est accentuée ces dernières années. »
La seconde évolution réside dans les actions violentes de gauche des années 1980 : « On est passé de l’extrême gauche, avec Action Directe étant léniniste, à l’ultragauche, qui rompt avec l’extrême gauche en ne souhaitant ni parti révolutionnaire ni lendemains qui chantent, mais un socialisme à la base, ici et maintenant », nuance l’historien. À partir de 1982, les actes violents s’orientent plutôt « contre des biens » et se manifestent dans « des affrontements avec les forces de l’ordre », estime-t-il, ajoutant qu’il est peu probable que l’affaire Quentin Deranque change la dynamique actuelle.
Enfin, il souligne que les morts causées par des mouvements politiques extrêmes demeurent moins nombreux que ceux provoqués par le djihadisme ou le nationalisme corse.