La grande distribution française incitée à lutter contre la maltraitance des crevettes d’élevage

La grande distribution française incitée à lutter contre la maltraitance des crevettes d’élevage

16.10.2026 10:16
3 min de lecture

Une souffrance animale méconnue dans les rayons. L’ONG de protection animale ICAW a appelé vendredi la grande distribution française à renforcer ses engagements contre la maltraitance des crevettes d’élevage. Elle dénonce des pratiques particulièrement cruelles, telles que les yeux arrachés à vif ou l’abattage sans étourdissement, pointant les « retards préoccupants » de certaines enseignes sur ce sujet, rapporte TopTribune.

Avec 440 milliards de crevettes abattues chaque année, ces crustacés représentent les animaux les plus élevés en captivité dans le monde, rappelle l’ICAW (International Council for Animal Welfare), organisation basée aux États-Unis, dans un rapport publié à l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation.

Une consommation record en France

« La France est le pays de l’Union européenne qui en consomme le plus par habitant », avec « 6 milliards d’unités chaque année », et le deuxième qui en « importe le plus après l’Espagne », principalement d’Amérique latine ou d’Asie, souligne auprès de l’AFP Justine Audemard, responsable des négociations de l’ICAW. Pourtant, beaucoup ignorent les méthodes extrêmement cruelles infligées à ces animaux, dont la sensibilité a été reconnue par la communauté scientifique et certains pays comme le Royaume-Uni, relève-t-elle.

Depuis 2023, son ONG milite auprès de distributeurs européens pour « obtenir des engagements publics sur deux thématiques » : l’épédonculation des crevettes, soit l’arrachage des yeux des femelles reproductrices, censée augmenter la fréquence de ponte, et leurs conditions d’abattage.

L’épédonculation et l’agonie dans la glace dénoncées

La pratique de l’épédonculation, décrite comme « courante » dans les élevages, consiste à « sectionner un ou les deux pédoncules oculaires d’une crevette femelle » – ces derniers contenant une glande influençant son cycle ovarien – « alors qu’elle est pleinement consciente, à l’aide d’une lame de rasoir ou de ciseaux chauffés », sans anesthésie, selon le rapport. Les crevettes sont généralement abattues par immersion dans une bouillie de glace, une méthode censée provoquer une insensibilisation suivie d’une mort rapide, mais qui, selon l’ICAW, est rarement efficace à l’échelle industrielle.

Ainsi, « il n’est pas rare que les crevettes agonisent pendant plusieurs minutes », tandis que d’autres meurent par suffocation « une fois sorties des bassins », déplore l’ICAW, qui promeut le recours à l’étourdissement électrique.

Des engagements disparates selon les enseignes

En France, quatre distributeurs (Les Mousquetaires/Intermarché, Coopérative U, Auchan et Aldi) se sont déjà engagés à interdire la pratique de l’épédonculation par leurs fournisseurs et à leur réclamer l’étourdissement électrique avant abattage d’ici à 2030 (ou 2035 pour Aldi), se félicite l’ICAW. Toutefois, le leader du secteur, E.Leclerc, n’a pris aucun de ces engagements, ce que l’ONG déplore.

D’autres enseignes ont fait des engagements « partiels » : Carrefour vise l’élimination de l’épédonculation d’ici à 2027 et 2029 selon les espèces, tandis que Casino (Monoprix, Franprix…) et Lidl ont totalement banni cette pratique, tout comme Biocoop, qui interdit de manière stricte cette méthode.

Les réponses apportées par la grande distribution

Carrefour assure travailler avec ses fournisseurs sur la mise en œuvre de l’étourdissement électrique « à partir de 2027 » pour ses marques propres et le reste de son offre. Lidl prévoit de « participer activement » à une « initiative sectorielle » de la filière sur le sujet. Sollicité par l’AFP, E.Leclerc n’a pas répondu.

Grand Frais, également pointée du doigt par l’ICAW, affirme que 90 % de ses crevettes proviennent de fournisseurs ne pratiquant pas ou plus l’épédonculation. L’enseigne a par ailleurs constitué un groupe de travail sur l’étourdissement électrique, qu’elle qualifie de « sujet complexe » nécessitant des investissements et soulevant des contraintes techniques.

Démarches engagées chez Picard et Biocoop

Le distributeur de produits surgelés Picard déclare agir « depuis 2019 pour accompagner ses filières crevettes vers l’arrêt » de l’épédonculation, en indiquant que « l’immense majorité de nos références est déjà conforme à cet objectif ». Biocoop, interpellé par l’ICAW sur l’étourdissement électrique, affirme qu’il « consolide de nouveaux engagements pour 2027 ».

Cette situation met en lumière les tensions croissantes autour du bien-être animal dans l’industrie alimentaire, surtout en période de sensibilisation accrue des consommateurs. Le rapport de l’ICAW appelle donc à une action rapide et des engagements clairs de la part des distributeurs pour améliorer les conditions de vie et de mort des crevettes d’élevage, tout en soulignant le rôle central que joue la France dans le marché européen des crevettes, en termes de consommation et d’importation.

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