La France prend la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies en septembre, tandis que le dossier iranien émerge à nouveau comme un point de tension sur la scène internationale. Au-delà des sanctions et des questions nucléaires, Paris serait bien avisé de s’interroger sur la manière de diminuer la capacité répressive du régime iranien sans aggraver la situation de sa population, rapporte TopTribune.
La situation est pressante. Dans le sud de l’Iran, des jeunes chômeurs ont récemment manifesté pour revendiquer des emplois, affrontant la violence et les tirs des forces de sécurité. Une voix dans une vidéo résume leur désespoir : « Ces jeunes ont faim. Nous voulons du travail. » Ce tableau illustre bien l’Iran actuel : une population écrasée par le chômage, l’inflation et une chute du pouvoir d’achat, face à un appareil sécuritaire toujours armé et financé, capable d’arrêter, condamner, et exécuter sans retenue.
Ainsi, la communauté internationale ne doit pas seulement chercher à intensifier la pression sur l’économie iranienne, mais aussi à réduire l’efficacité de la répression.
Une économie affaiblie ne signifie pas automatiquement un régime affaibli
Un affaiblissement économique ne remet pas nécessairement en cause le pouvoir en place. Un jeune peut perdre son emploi tandis que les agents répressifs conservent leur rémunération et leurs équipements. Le véritable enjeu est le rapport de force entre la société et l’appareil coercitif.
La pression économique n’est efficace politiquement que si elle limite davantage les ressources du système répressif que celles de la population. Si la société s’effondre plus rapidement que les structures sécuritaires, cela peut engendrer l’effet contraire à celui escompté. Les mécanismes de surveillance internationaux pourraient permettre d’identifier les circuits financiers, commerciaux et militaires des gardiens de la révolution, des services de sécurité et des réseaux armés soutenus par Téhéran.
La France pourrait promouvoir une ligne politique simple : couper les financements de la répression tout en maintenant ceux nécessaires à la survie et à la communication des Iraniens. La distinction est essentielle entre une pression ciblée et une asphyxie généralisée.
Les réseaux d’influence de Téhéran à l’étranger et la répression intérieure sont intimement liés. À l’exportation, le régime recherche une « profondeur stratégique », tandis qu’à l’intérieur, il mobilise la police, le renseignement et la justice contre toute contestation. Le but reste la préservation du pouvoir.
L’accès libre à Internet : un levier essentiel
L’accès à Internet est un levier fondamental. La République islamique a démontré que les coupures de réseau font partie intégrante de sa stratégie répressive. Quand Internet est altéré, les manifestants communiquent moins facilement, et les images des violences circulent lentement, isolant ainsi chaque ville. Une connectivité accrue modifie le rapport de force entre la population et l’appareil sécuritaire. Chaque citoyen capable de documenter une violence ou signaler une arrestation participe à réduire l’impunité du pouvoir.
La France a déjà envisagé des solutions pour préserver l’accès à Internet pour les Iraniens, et cette politique devrait devenir pérenne et intégrée dans une stratégie européenne, plutôt que de rester une réponse sporadique aux crises.
Les exécutions doivent être analysées dans cette même logique. Dans un régime autoritaire, une exécution politique ne cible pas uniquement le condamné, mais sert de message à tous ceux susceptibles de protester : une opposition à certaines limites peut mener à la mort.
Les récentes déclarations de Gholamhossein Mohseni-Ejei, le chef du pouvoir judiciaire, témoignent de cette volonté répressive. Il a mis en garde contre de nouvelles « émeutes », loué la préparation des forces de sécurité et promis des réponses judiciaires sévères. Ainsi, les exécutions actuelles visent également à dissuader les soulèvements futurs.
Empêcher que la répression se déroule dans le silence
Bien que la communauté internationale ne puisse garantir l’arrêt immédiat des exécutions, elle peut augmenter leur coût politique, sanctionner les responsables, et éviter que ces atrocités se produisent en silence. Une telle politique bénéficierait non seulement aux Iraniens, mais également à l’Europe.
Les crises internes du régime iranien et ses tensions externes sont intrinsèquement liées. Un pouvoir qui mobilise contre des ennemis extérieurs pour renforcer son contrôle intérieur a intérêt à maintenir un climat de confrontation régionale. L’Europe en subit aussi les conséquences, comme l’a démontré la crise du détroit d’Ormuz, affectant les prix de l’énergie et du transport au niveau mondial. Ainsi, un agriculteur français peut voir son activité perturbée par une instabilité située à des milliers de kilomètres.
Il serait donc inapproprié d’opposer les droits humains aux intérêts européens. Diminuer la capacité d’un régime à exécuter et réprimer n’est pas simplement un impératif moral ; c’est aussi une mesure qui réduit un système instable exportant ses crises à l’échelle régionale et mondiale.
La présidence française du Conseil de sécurité n’octroie pas à Paris un pouvoir total. La Russie et la Chine disposent du droit de veto, tandis que les États-Unis poursuivent leurs propres intérêts. Cependant, la France peut guider le cadre des discussions.
La France peut défendre trois priorités
Trois priorités devraient être défendues par la France : doter les mécanismes d’identification des réseaux financiers et militaires du régime ; faire de l’accès libre à Internet une composante essentielle de sa politique envers l’Iran ; et éviter de dissocier les droits humains en Iran de la sécurité régionale.
Il ne s’agit pas de décider l’avenir politique de l’Iran, qui appartient aux Iraniens. Néanmoins, il est crucial de distinguer entre choisir l’avenir d’un peuple et restreindre les moyens d’un régime pour empêcher ce peuple de prendre ses propres décisions. La communauté internationale ne peut pas manifester pour les Iraniens, mais elle peut rendre la répression plus difficile et préserver les moyens d’échange, de résistance et de défense des droits.
Émousser la répression en Iran protège non seulement les Iraniens, mais réduit également une source d’instabilité qui finira par coûter cher à l’Europe.