La Chine domine la production mondiale de drones tout en interdisant à ses citoyens de les piloter.

La Chine domine la production mondiale de drones tout en interdisant à ses citoyens de les piloter.

13.08.2026 07:16
3 min de lecture

Cat Yang, résidante de Shanghai, a vécu une situation révélatrice lorsqu’elle s’est vue ridiculisée par la police qui lui a conseillé d’opter pour un jouet plutôt que pour un drone, malgré l’approbation préliminaire de la mairie pour le cadeau destiné à son fils. Cette décision lui a été retirée sans aucune explication au dernier moment, soulignant ainsi un paradoxe frappant. La Chine, qui est le principal producteur mondial de drones, rend leur usage presque impossible pour ses propres citoyens, rapporte TopTribune.

Un système d’enregistrement imposé au 1er mai

Depuis janvier 2026, piloter un drone sans autorisation peut conduire à des peines d’emprisonnement dans certaines situations. À partir du 1er mai 2026, tous les appareils devront être enregistrés au nom de leur propriétaire, avec un lien direct vers sa carte d’identité ou son numéro de portable.

Les vols dans des zones réservées, qui incluent presque toutes les zones urbaines, nécessiteront une inscription au moins 24 heures en avance. Les autorités recevront des données de vol en temps réel, sous peine de sanctions financières ou d’arrestation.

Bien que l’enregistrement et les restrictions de zones existent depuis 2024, le renforcement des contrôles a été particulièrement marqué ces derniers mois. À la fin de l’année 2025, la Chine comptait plus de 3 millions de drones enregistrés, ce qui constitue une augmentation de 50 % par rapport à 2024.

Pékin, la ville la plus stricte sur la réglementation

La capitale chinoise a durci encore plus son cadre réglementaire. Depuis mars 2026, les drones sont prohibés presque partout dans la ville, et des inspections de bagages sont mises en place pour les voyageurs en provenance d’autres régions. À partir de mai, la vente, la location ou l’introduction de drones et de leurs composants devient impossible.

Les habitants de Pékin possédant déjà un drone devront s’assurer de l’enregistrer auprès de la police avant le 30 avril 2026. De plus, une seule adresse ne pourra pas enregistrer plus de trois appareils, sauf pour les drones à usages spéciaux comme la recherche.

Deux résidents de Pékin ont rapporté avoir été contactés par la police dès qu’ils allumaient leur appareil, même avant la mise en œuvre des nouvelles règles. Un autre habitant a mentionné que des agents de la sécurité étaient venus le questionner concernant des drones qu’il n’avait pas utilisé depuis des années.

Le ministère de la Sécurité publique cite des incidents précis pour justifier cette répression : un drone piloté à moins de 800 mètres d’un avion ou un autre appareil utilisé pour filmer des atterrissages dans une zone prohibée près d’un aéroport. En 2025, deux drones avaient percuté un gratte-ciel à Shanghai après une collision. Le ministère résume sa position par cette phrase : « Le ciel n’est pas au-dessus des lois. »

Le marché intérieur souffre des conséquences de cette réglementation. Plusieurs commerçants rapportent une chute de leurs ventes, tandis que les annonces de drones d’occasion foisonnent sur Internet. Le géant DJI, premier fabricant mondial, subit également des pressions à l’international : en décembre 2025, les États-Unis ont interdit la vente de drones fabriqués à l’étranger pour des raisons de sécurité nationale, bloquant ainsi la distribution de nouveaux produits DJI sur leur territoire. En réponse, l’entreprise a intenté une action en justice en février 2026 pour tenter d’annuler cette décision.

Les considérations militaires influencent fortement les choix de Pékin. Les conflits en Ukraine et en Iran ont illustré l’efficacité redoutable des petits drones bon marché, tant pour la surveillance que pour les attaques. D’après Drew Thompson, ancien responsable au Pentagone et chercheur à l’école d’études internationales S. Rajaratnam à Singapour, cette situation suscite des inquiétudes à Pékin quant à la sécurité de ses dirigeants.

Les autorités présentent ce renforcement des normes comme un prélude à la mise en place d’une nouvelle économie de basse altitude, concept englobant des usages commerciaux comme la livraison, la maintenance des lignes électriques et l’agriculture, inscrits dans le dernier plan quinquennal. Li Mo, directeur du Centre de recherche sur l’économie de basse altitude à l’Université des sciences et technologies de Hong Kong, compare cette approche à un ménage préparatoire : « C’est comme ranger le salon avant l’arrivée de la visite : il faut faire le ménage dans l’espace aérien inférieur avant de faire croître les activités économiques à grande échelle. »

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