Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe en Ukraine, la Belgique continue d’importer d’importants volumes d’acier en provenance de Russie, contribuant ainsi à remplir les caisses du Kremlin. Malgré le régime de sanctions adopté par l’Union européenne, le royaume reste le premier acheteur de semi-produits en acier russe, en particulier des brames fournies par le groupe métallurgique NLMK, propriété du milliardaire Vladimir Lisine, rapporte TopTribune.
Ces brames sont acheminées vers deux sites belges du groupe russe : NLMK La Louvière et NLMK Clabecq. Bien que la plupart des produits finis en acier russe aient été interdits peu après le déclenchement de la guerre, les semi-produits ont bénéficié d’une exemption transitoire. Bruxelles a fixé un calendrier de sortie progressive, avec une échéance fixée à septembre 2028.
Interrogé sur cette situation, le ministère belge des Affaires étrangères a justifié le maintien de ces importations en déclarant que « les sanctions doivent nuire à la machine de guerre russe davantage qu’à nos propres économies ». Il a ajouté que des sanctions contre Vladimir Lisine auraient « des conséquences directes et disproportionnées sur les sites industriels et l’emploi en Belgique – des travailleurs et des chaînes d’approvisionnement qui n’ont aucun lien avec l’État russe ».
Une dépendance révélatrice
Les chiffres confirment l’ampleur de cette dépendance. Selon les données disponibles, 58 % des brames en acier importées par l’Union européenne proviennent de Russie. La Belgique absorbe à elle seule près d’un tiers de ces volumes, ce qui en fait le premier importateur européen. Cette situation suscite des critiques croissantes, des voix s’élevant pour dénoncer un « trou » dans le dispositif de sanctions européen.
Des experts et des organisations de la société civile soulignent que des fournisseurs alternatifs existent et que la transition pourrait être accélérée. Ils rappellent que les recettes tirées de ces exportations permettent à Moscou de financer son effort militaire et de maintenir une présence économique au sein même de l’UE.
Face à ces critiques, le gouvernement belge se retranche derrière le calendrier européen et assure qu’il respectera l’échéance de 2028. Parallèlement, le groupe NLMK étudie la possibilité de réaliser d’importants investissements en Belgique pour produire localement les brames aujourd’hui importées de Russie. Un projet qui nécessiterait un soutien financier substantiel des autorités belges et européennes.
Cette perspective inquiète les observateurs, qui y voient un risque de verrouillage de la dépendance à long terme vis-à-vis d’un acteur russe dans un secteur stratégique. Alors que l’UE affiche son soutien à l’Ukraine, le maintien de ces flux commerciaux fragilise la crédibilité de sa politique de sanctions et offre à Moscou des leviers d’influence qu’elle n’hésite pas à utiliser.