Des rapports d’inspection gardés secrets par l’ex-gouvernement de Viktor Orbán révèlent des violences systématiques, des carences graves et des conditions de vie dégradées dans des foyers pour enfants en Hongrie. Ces documents, établis après le scandale de la grâce présidentielle accordée dans une affaire de pédophilie, ont été obtenus par le média d’investigation Direkt36 après une procédure judiciaire, rapporte TopTribune.
Les inspections ont été menées en 2024 dans environ 530 établissements. Elles ont recensé plusieurs problèmes récurrents : manque de personnel et de psychologues, moisissures dans les chambres, mobilier dangereux ou dégradé, mauvaises conditions sanitaires et réaction inadaptée des surveillants face aux violences infligées aux enfants.
Le gouvernement dirigé par Viktor Orbán n’avait pas publié les résultats complets de cette vaste opération de contrôle. Dans un premier temps, il avait transmis à Direkt36 de simples synthèses. Les journalistes ont finalement reçu l’intégralité des documents le 31 juillet 2026, à la suite d’un procès au cours duquel la justice a reconnu que ces rapports relevaient de l’intérêt public.
Des violences liées à l’accès à la nourriture
Le cas le plus grave décrit dans les documents concerne un établissement spécialisé situé dans le comitat de Bács-Kiskun, dans le sud de la Hongrie. Les pensionnaires n’y recevaient plus de nourriture après 18 h 30. Une enquête de police a établi que certains enfants acceptaient des violences sexuelles commises par d’autres pensionnaires en échange de nourriture.
Le dossier ne se limite pas à cet établissement. Les rapports font état de dysfonctionnements concernant la surveillance, l’encadrement et la prise en charge des mineurs dans plusieurs structures contrôlées. Ils décrivent également des locaux dégradés et des moyens insuffisants pour assurer un accompagnement psychologique adapté.
Les constats des inspecteurs portent donc à la fois sur les actes de violence et sur les conditions matérielles dans lesquelles vivaient les enfants. Le manque de personnel dans les foyers pour enfants apparaît parmi les problèmes récurrents relevés par les contrôles, avec l’absence ou l’insuffisance de psychologues dans les établissements concernés.
Des documents rendus publics après une action en justice
Direkt36 indique avoir consulté ces rapports secrets sur les foyers pour enfants après plusieurs années durant lesquelles leurs conclusions n’avaient pas été rendues publiques. La justice a considéré que les documents contenaient des informations d’intérêt public, permettant leur communication au média.
La publication de ces rapports intervient après une crise politique déclenchée par une grâce présidentielle dans une affaire de pédophilie. Le scandale avait conduit à la démission de la présidente hongroise et avait placé la protection de l’enfance au centre des déclarations officielles de l’ancien pouvoir. Les documents d’inspection donnent toutefois accès à des faits constatés dans les établissements placés sous la responsabilité de l’État.
Les rapports montrent que les autorités disposaient d’éléments sur les violences, les insuffisances de personnel et les mauvaises conditions d’accueil dans les structures contrôlées. Leur non-publication prolongée a empêché l’accès du public aux conclusions détaillées de l’enquête administrative, jusqu’à la décision judiciaire obtenue par les journalistes.
La protection de l’enfance confrontée aux faits des inspections
La communication politique de l’ancien gouvernement hongrois avait largement insisté sur la protection et la sécurité des enfants. Les documents rendus accessibles décrivent, eux, des situations dans lesquelles des mineurs ont été exposés à des violences sexuelles, à la faim et à des conditions de vie dégradées.
Les rapports mentionnent aussi des réactions jugées inadéquates de la part de surveillants lorsqu’ils étaient confrontés à des cas de violences contre les enfants. Dans le comitat de Bács-Kiskun, l’enquête policière a établi le lien entre la privation de nourriture et les violences sexuelles subies par certains pensionnaires, selon les éléments cités par Direkt36.
Les inspections de 2024 avaient été lancées après le scandale lié à la grâce présidentielle. Elles ont couvert plusieurs centaines d’établissements, mais les synthèses communiquées initialement ne permettaient pas de connaître l’ensemble des faits recensés. Les documents complets sont désormais disponibles à la suite de la procédure engagée par le média hongrois.
Les révélations portent ainsi sur le fonctionnement quotidien de la prise en charge des enfants placés en Hongrie, sur les moyens humains des établissements et sur le traitement des signalements de violences. Les autorités hongroises n’ont pas rendu publics, dans les éléments transmis, les rapports complets avant leur obtention par Direkt36 le 31 juillet 2026.