Chaque année, les Français marquent deux dates importantes : le « jour de libération fiscale » et, plus récemment, le « jour de libération des actifs ». Bien que moins médiatisé que le premier, ce dernier prend de l’ampleur et suscite davantage d’attention, rapporte TopTribune.
Conçu par Maxime Sbaihi, responsable stratégique du Club Landoy, et Erwann Tison, responsable des études à l’Institut de l’Entreprise, cet indicateur permet d’évaluer l’impact de la solidarité intergénérationnelle sur les revenus des personnes en activité.
Qu’est-ce que le jour de libération des actifs ?
Ce concept fait référence au moment où un salarié cesse de contribuer financièrement aux générations plus âgées. Il est établi en tenant compte des cotisations de retraite et des frais de santé supportés par les générations seniors.
Les économistes Maxime Sbaihi et Erwann Tison ont élaboré cet indicateur afin de mesurer de manière précise l’ampleur de la contribution des actifs. D’après leurs estimations, en 2026, le jour de la libération des actifs sera le 4 mai, ce qui correspond à 85 jours ouvrés consacrés à cette charge.
La méthode et ce que ça donne
La méthodologie adoptée est rigoureuse sur le plan scientifique, malgré le fait que Maxime Sbaihi la considère comme « hyper conservatrice ». Elle exclut effectivement les avantages fiscaux dont bénéficient les retraités ainsi que les transferts provenant des collectivités locales.
L’analyse historique de cet indicateur révèle un glissement significatif : de 1970 à 2026, cette date a reculé de 39 jours, passant du 26 février 1970 au 17 avril 2000, avant d’atteindre le 4 mai en 2026.
Où se situe la France en Europe ?
Sur la scène européenne, la France affiche une position décevante. Dans le classement relatif au jour de libération des actifs, elle occupe la dernière place, juste devant l’Italie, dont la date de libération est fixée au 15 mai.
À titre de comparaison, l’Irlande se classe en tête avec une date au 2 mars, suivie par l’Allemagne le 28 mars, le Royaume-Uni le 16 avril et l’Espagne le 22 avril.
Ce que ça change pour les salariés et l’économie
Avec un salaire médian en France de 2 200 € par mois, un travailleur français se voit imposé un prélèvement de 37 % sur son salaire « super brut », ce qui équivaut à une perte annuelle d’environ deux mois de revenus au profit des retraités, en partie en raison de la taxation de l’épargne.
Maxime Sbaihi souligne que, sur une période de 50 ans, un salarié dont le salaire est médian, soit 2 200 euros par mois, a ainsi perdu l’équivalent de deux mois de travail à cause de cette solidarité intergénérationnelle. Il confirme que ce phénomène ne stem pas d’un manque de productivité, mais plutôt d’une problématique structurelle de l’économie française : « La France ne souffre pas d’une paresse au travail, mais d’une question de tuyauterie », conclut-il.