La tokénisation vue par Blackrock comme une révolution des marchés financiers au risque de fragiliser la stabilité économique

La tokénisation vue par Blackrock comme une révolution des marchés financiers au risque de fragiliser la stabilité économique

07.04.2026 09:56
2 min de lecture

La « tokenisation » émerge comme une technologie prometteuse sur les marchés financiers, permettant des transactions instantanées, sans intermédiaire, et à moindre coût. En créant des copies numériques d’actifs financiers, comme des actions ou des obligations, cette méthode pourrait transformer radicalement les échanges, malgré les risques potentiels pour la stabilité financière, rapporte TopTribune.

La tokénisation repose sur une chaîne de blocs (« blockchain »), qui certifie la validité d’une opération financière grâce à un registre décentralisé. Cela permet de réduire le nombre d’intermédiaires entre acheteurs et vendeurs, facilitant ainsi l’envoi d’actifs à l’échelle mondiale en quelques secondes et à un coût très faible. Campbell Harvey, professeur de finance à l’Université de Duke, souligne que cela contrasterait avec le processus actuel en Europe, où l’achat d’un titre peut prendre jusqu’à 48 heures en raison de la nécessité de validation par plusieurs acteurs.

« Évolution irréversible »

À Wall Street, la Bourse de New York (NYSE) a déjà annoncé son intention de lancer une plateforme proposant « des opérations 24 heures sur 24, sept jours sur sept » avec un « règlement instantané » fondé sur la tokenisation. Ce développement marque une rupture majeure pour les marchés boursiers, traditionnellement soumis à des horaires d’ouverture fixes. Parallèlement, Blackrock, le premier gestionnaire d’actifs au monde, s’implique également dans la numérisation de ses actifs, avec son PDG, Larry Fink, qualifiant cette innovation de « prochaine grande évolution » des marchés. Les actifs tokenisés, bien que représentant actuellement une valeur de 30 milliards de dollars, ont augmenté de 118 % l’année dernière et pourraient atteindre 2.000 milliards de dollars d’ici 2030.

Le lobby financier français Paris Europlace a récemment déclaré qu’il est essentiel de se préparer à cette « évolution irréversible », en mettant en avant les bénéfices significatifs de cette technologie et s’inquiétant de l’avance des États-Unis. Sans avancées concurrentielles en Europe, les marchés américains risquent d’absorber une part de plus en plus importante des activités financières.

En France, la société technologique Lise se positionne comme un acteur clé de cette tendance, ayant obtenu l’homologation des régulateurs financiers pour établir une nouvelle place boursière entièrement basée sur la blockchain. La société prévoit de réaliser sa première levée de fonds le 9 avril, avec ST Group, un acteur de l’aéronautique.

« La tokenisation nous permet de réduire le coût du processus de cotation, qui est actuellement trop cher pour des PME dans le circuit classique, où il faut rémunérer plusieurs intermédiaires », explique Mark Kepeneghian, directeur général de l’entreprise.

Risque pour la stabilité financière?

Delubac Asset Management a récemment testé la tokenisation en créant une version numérique de l’un de ses fonds monétaires, selon son président, Benoît Vesco, qui souligne que cela offre plus d’instantanéité aux clients. Cependant, la Banque de France a mis en garde contre la possibilité de que la tokenisation, si elle se généralise, puisse représenter des risques pour la stabilité financière. La disponibilité permanente des plateformes d’échange d’actifs tokenisés pourrait engendrer des décalages de prix ou de liquidité entre les actifs physiques et leurs copies numériques.

Si cette confiance se dégrade, le système financier pourrait être mis à mal. De plus, la création de « nouvelles interconnexions » entre la finance traditionnelle et les cryptomonnaies, qui sont notoirement volatiles et spéculatives, pose également un risque important.

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