Les papillomavirus humains : une menace sous-estimée en matière de santé publique
Les papillomavirus humains (HPV) représentent l’une des infections sexuellement transmissibles les plus répandues, touchant 8 personnes sur 10 au cours de leur vie. Bien que la plupart des infections s’éliminent spontanément, certaines peuvent mener à des cancers se développant plus tard, rapporte TopTribune.
Selon le Pr Jérôme Delotte, gynécologue obstétricien au CHU de Nice, « les risques liés aux HPV sont encore sous-estimés. Certes la sensibilisation progresse, mais elle reste incomplète. Beaucoup de personnes ne font pas le lien entre certains cancers – en particulier celui du col de l’utérus – et l’infection par les HPV. Ce déficit de connaissance s’explique par un manque d’éducation sanitaire ». En France, les HPV sont responsables de plus de 7100 nouveaux cas de cancer chaque année, dont 3 100 sont des cancers du col de l’utérus. Les hommes également ne sont pas épargnés, un tiers des cancers liés aux HPV les concernent avec des cancers de l’anus, du pénis et des voies aéro-digestives.
Dépistage du cancer du col de l’utérus : un pilier clé de la prévention
Il existe plusieurs moyens de prévention, dont le dépistage du cancer du col de l’utérus, qui se réalise de l’âge de 25 ans à 65 ans, permettant une détection précoce des lésions avant l’apparition d’un cancer. Pour les femmes entre 25 et 29 ans, un examen cytologique est effectué, nécessitant deux tests à un an d’intervalle puis tous les 3 ans si les résultats sont normaux. Entre 30 et 65 ans, un test de détection des infections à HPV à haut risque est réalisé tous les cinq ans, mais actuellement, seul le cancer du col de l’utérus dispose d’un dépistage organisé en population générale.
« La stratégie optimale repose sur l’association de la vaccination pour réduire le risque et le dépistage pour détecter les lésions », précise le Pr Delotte.
Vaccination contre les HPV : des parcours multiples, un même objectif
La vaccination est recommandée pour les filles et les garçons, avec un schéma à deux doses proposé entre 11 et 14 ans, et trois doses entre 15 et 26 ans. Différents parcours existent pour faciliter l’accès à la vaccination, notamment en milieu scolaire, en médecine de ville ou en pharmacie. « Plus l’accès à la vaccination est simple, accessible et immédiat, plus elle est réalisée. Pouvoir se faire vacciner là où l’on se rend déjà – en pharmacie par exemple – supprime certains freins comme la difficulté à obtenir un rendez-vous médical », ajoute le Pr Delotte.
Jeunes adultes : des idées reçues à lever pour une meilleure prévention
De nombreux jeunes adultes n’ont pas été vaccinés, alors que les 19-26 ans sont fortement exposés aux HPV. « L’extension récente de la recommandation et du remboursement répond à une réalité épidémiologique : une part importante des infections à HPV responsables de cancers survient après 19 ans. Avoir déjà eu des rapports sexuels ne signifie pas avoir rencontré tous les types de HPV. La vaccination reste donc pertinente, même après le début de la vie sexuelle », souligne-t-il.
La prévention nécessite également une information claire sur les modes de transmission. Contrairement à l’idée répandue, le préservatif ne protège pas totalement contre les papillomavirus. « Il réduit le risque, mais ne l’annule pas », rappelle le Pr Delotte. « Les HPV se transmettent par contact entre muqueuses lors des rapports sexuels : pénétration, caresses, échanges de sécrétions. Le préservatif constitue donc une protection partielle, utile mais insuffisante à lui seul. »
Une autre idée fausse persiste : croire que les HPV ne concernent que les femmes. « C’est faux. Les hommes sont également touchés, à la fois par la transmission et par les cancers associés », conclut le spécialiste.