La qualité de l’eau potable dans la région des Hauts-de-France suscite de vives inquiétudes. L’ONG Générations Futures a averti mercredi que les niveaux de concentration de fongicide dépassent les normes acceptables pour environ 83.000 habitants, selon des mesures réalisées depuis plus d’un an, rapporte TopTribune.
Les estimations indiquent que cette situation concerne 17 unités de distribution de l’eau potable (UDI), qui alimentent un total de 46 communes situées dans le Pas-de-Calais, la Somme et le Nord. L’ONG précise que plus de 83.000 personnes reçoivent de l’eau jugée non conforme au fluopyram depuis plusieurs mois, tandis que certaines communes sont concernées depuis plus d’un an.
Les analyses montrent que dans ces localités, la teneur en fongicide dépasse le seuil de 0,1 µg/L, une concentration jugée non conforme selon des mesures officielles communiquées par l’ONG sur le portail dansmoneau.fr. Ce taux dépasse ainsi la « limite de qualité réglementaire », et, dans deux communes particulièrement touchées, les niveaux mesurés atteignent plus de 10 fois cette limite.
Absence de seuils réglementaires et besoin de précautions
Bien que cette contamination puisse inquiéter, le fluopyram n’est pas actuellement classé comme cancérogène avéré. À ce jour, aucune limite maximale pour ce fongicide dans l’eau n’a été fixée. Cependant, l’ONG précise que l’absence de valeur maximale amène la direction générale de la Santé (DGS) à recommander de restreindre la consommation d’eau dès qu’un dépassement de 0,1 µg/L est constaté. En début d’année 2025, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) a même relevé ce seuil à 0,142 µg/L, prenant en compte les incertitudes associées aux méthodes de mesure.
Cependant, selon les données fournies par Générations Futures, « la concentration en fluopyram dépasse les 0,142 µg/L dans 10 unités de distribution, affectant 30 communes et 10.438 personnes ». Le fluopyram, utilisé pour combattre les champignons parasites, se retrouve dans une multitude de produits commerciaux pour la culture de fruits, légumes, céréales et pommes de terre en France.
L’ONG souligne aussi que le fluopyram fait partie de la famille chimique des PFAS et se dégrade lentement en TFA, un « polluant éternel » qui constitue une menace omniprésente pour l’environnement. Générations Futures demande donc instamment aux autorités de « réévaluer les autorisations des produits contenant du fluopyram ».
Pauline Cervan, toxicologue de l’ONG, affirme que cette situation illustre une fois de plus les conséquences de l’utilisation intensive de pesticides et le manque d’action des pouvoirs publics pour protéger les sources d’eau. Elle précise que « les techniques en place » pour traiter l’eau « sont le plus souvent insuffisantes » face aux problèmes que posent les pesticides.
À l’échelle nationale, les autorités sanitaires examinent actuellement les implications de cette contamination sur la santé publique. Les efforts pour réévaluer les standards de qualité de l’eau sont en cours, mais la pression monte pour que des mesures concrètes soient prises pour assainir les sources d’eau touchées et garantir la santé des citoyens.
Dans ce contexte, il est crucial de sensibiliser la population et d’améliorer les pratiques agricoles afin de réduire les contaminations futures. La mise en place de réglementations plus strictes et des initiatives visant à limiter l’utilisation des pesticides pourraient être nécessaires pour éviter que des incidents similaires ne se reproduisent.