La victoire de l’AfD aux élections de septembre 2026 en Saxe-Anhalt a déplacé le débat sur l’immigration vers une question plus immédiate : comment garantir la sécurité et l’accès aux droits si un parti hostile à l’immigration gagne en influence sur les institutions régionales ? Quatre grandes organisations de défense des personnes migrantes demandent au gouvernement fédéral et aux exécutifs régionaux de préparer dès maintenant des mécanismes de protection pour les réfugiés et les minorités.
Le 21 septembre 2026, LAMSA, le réseau des organisations migrantes de Saxe-Anhalt, la BKMO, la Conférence fédérale des organisations migrantes, la TGD, la Communauté turque d’Allemagne, et DaMOst, la fédération des organisations migrantes d’Allemagne de l’Est, ont adressé une lettre commune au chancelier Friedrich Merz et aux dirigeants des régions allemandes. Leur demande repose sur trois instruments : une commission spéciale, un fonds fédéral de sécurité et un assouplissement des obligations de résidence imposées à certains réfugiés.
ZDFheute a rapporté cette initiative le 21 septembre 2026, dans un contexte marqué, selon les associations, par la progression des incidents racistes et par une inquiétude accrue au sein des communautés migrantes.
Prévenir avant que les décisions ne deviennent concrètes
La lettre ne décrit pas des violations déjà établies par une future administration. Elle exprime une crainte : celle que l’AfD, après son succès électoral, puisse peser davantage sur la police régionale, l’administration, les établissements scolaires et les services publics. Ces institutions déterminent pourtant une grande partie de l’expérience quotidienne des réfugiés et des personnes issues de l’immigration : accès à la protection, à l’éducation, aux prestations sociales, aux procédures administratives et aux voies de recours.
Les organisations s’inquiètent particulièrement de la politique dite de « remigration » défendue par l’AfD. Le terme recouvre, dans le discours de la formation, un projet de retours à grande échelle. Ses modalités concrètes et sa mise en œuvre éventuelle restent toutefois indéterminées. Les signataires redoutent qu’une influence accrue du parti ne conduise à des décisions discriminatoires, à une pression renforcée sur les personnes ayant une histoire migratoire et à un recours plus large aux expulsions forcées.
Leur démarche est donc préventive. Elle vise à fixer des limites juridiques et institutionnelles avant que les orientations politiques annoncées ne se traduisent par des décisions administratives. Pour les associations, la question n’est pas seulement de savoir quelles mesures une future majorité pourrait adopter, mais aussi de déterminer quels contre-pouvoirs seraient disponibles pour les personnes menacées ou victimes d’un traitement inégal.
Une commission pour repérer les failles de protection
La commission spéciale réclamée par les quatre organisations aurait vocation à examiner la réponse des autorités aux menaces et aux agressions racistes. Elle pourrait aussi identifier les ruptures de prise en charge entre l’État fédéral, les régions et les communes : à quel service une victime peut-elle s’adresser ? Dans quels délais reçoit-elle une aide ? Que se passe-t-il lorsqu’elle ne fait pas confiance aux autorités locales ou craint qu’une plainte ne complique sa situation administrative ?
Un tel dispositif ne servirait donc pas uniquement à comptabiliser les incidents. Il devrait également mesurer l’efficacité de la protection apportée et rendre visibles les différences entre territoires. Dans certaines communes, les associations jouent déjà le rôle de premier interlocuteur pour l’accompagnement juridique, social ou psychologique. Mais cette capacité dépend largement des ressources locales et de la stabilité des financements.
Les organisations demandent parallèlement la création d’un fonds fédéral de sécurité destiné aux associations migrantes et aux structures indépendantes d’aide. L’objectif serait de leur permettre de répondre aux menaces, d’accompagner les victimes et de maintenir des services d’orientation dans la durée. Une aide ponctuelle après une agression ne suffirait pas, estiment-elles, si les inquiétudes et les signalements se multiplient.
La mobilité comme mesure de protection
La troisième proposition concerne les obligations de résidence qui assignent certains réfugiés à un lieu ou à une zone déterminée. Leur assouplissement donnerait aux personnes qui se sentent en danger la possibilité de rejoindre plus facilement une région où elles disposent d’un meilleur accès à la protection, au conseil juridique ou aux services sociaux.
Cette mesure toucherait cependant à l’organisation actuelle de l’accueil et de la répartition des réfugiés. Elle nécessiterait une coordination entre le gouvernement fédéral, les régions et les communes, ainsi qu’un examen des capacités d’hébergement et d’accompagnement dans les territoires susceptibles d’accueillir de nouveaux arrivants. La demande des associations ne se limite donc pas à une dérogation individuelle : elle pose la question de la place de la sécurité dans l’application de ces règles.
Pour les signataires, une personne ne devrait pas être contrainte de rester dans un environnement où elle se sent menacée simplement parce que les règles administratives limitent ses possibilités de déménagement. Ils souhaitent que la protection contre les violences et l’accès effectif à l’aide puissent être pris en compte dans les décisions relatives au lieu de résidence.
Le rôle que Berlin acceptera de jouer
Au-delà des mesures pratiques, l’appel adressé à Friedrich Merz porte sur la responsabilité politique du gouvernement fédéral. Les associations lui demandent de montrer que les droits constitutionnels, la protection contre la discrimination et l’obligation de traiter les citoyens et les résidents selon le droit s’appliquent quelle que soit la majorité au pouvoir dans une région.
La création d’une commission et d’un fonds nationaux enverrait également un signal aux administrations régionales et à l’AfD : une politique migratoire peut être durcie dans le cadre de la loi, mais elle ne peut s’affranchir des garanties constitutionnelles ni rendre l’accès à la protection dépendant de l’origine des personnes. Cette limite relève du droit ; son application concrète dépend toutefois des institutions chargées de la faire respecter.
Le gouvernement fédéral n’a pas encore indiqué s’il reprendrait les propositions. C’est désormais le point décisif. Après le scrutin en Saxe-Anhalt, les associations migrantes ne demandent pas seulement une condamnation politique de l’AfD : elles veulent savoir si Berlin mettra en place des protections communes, ou si la sécurité des réfugiés continuera de dépendre principalement des moyens et des choix de chaque territoire.
