Le jour où Winnipeg a simulé une invasion nazie pour la bonne cause
Le 19 février 1942, les habitants de Winnipeg, Manitoba, ont vécu une expérience inoubliable lorsque des faux nazis ont « envahi » leur ville dans le cadre d’une opération de levée de fonds. Dès 7 heures du matin, les sirènes de la ville ont retenti, plongeant les foyers dans le noir total, créant une atmosphère de confusion. Les résidents, découvrant un drapeau nazi flottant au-dessus de la ville, ont compris qu’il ne s’agissait pas d’un véritable agression, mais d’une mise en scène spectaculaire pour encourager l’achat d’obligations de guerre, rapporte TopTribune.
À mesure que la commémoration se déroulait, des bruits de canons et de bottes militaires résonnaient dans la distance. Des véhicules militaires ont envahi les rues, contrôlant le trafic et exigeant des laissez-passer à chaque coin de rue. Les radios, diffusant en boucle des messages d’alerte, ont été interrompues par un bulletin en allemand alors que le maire John Queen était escorté hors de l’hôtel de ville par des soldats fictifs, signant la capitulation de la ville. Portage Avenue a même été rebaptisée Adolf Hitler Strasse.
Ce simulacre d’invasion, orchestré avec une attention au détail impressionnante, a été conçu pour sensibiliser la population aux efforts de guerre et pour financer la participation du Canada à la Seconde Guerre mondiale. Les organisateurs ont recruté plus de 3 500 soldats canadiens, des faux nazis ayant emprunté leurs uniformes à Hollywood pour l’occasion, tandis que le Winnipeg Tribune a été renommé Das Winnipeger Lügenblatt, accolant des avertissements stricts sur la propagande aux citoyens.
Face à ces événements, les civils ont été soumis à un régime de peur et d’intimidation, les lieux de culte fermés et les affiches Verboten apparaissant un peu partout. Les habitants, même s’ils savaient qu’il s’agissait d’une mise en scène, ont été forcés de faire face à la réalité de la guerre qui menaçait leur continent. En quelques heures, la ville a généré plus de 3 millions de dollars canadiens à travers l’achat de ces obligations, affirmant ainsi l’engagement du Canada dans le défi mondial posé par le nazisme.
Malgré l’ampleur de l’opération, les incidents liés à la « bataille » étaient mineurs : une femme a été légèrement blessée en coupant du pain et un soldat s’est foulé la cheville. La simulation, aussi dramatique soit-elle, a été une réussite tant sur le plan du divertissement que de la mobilisation des ressources pour soutenir la guerre, soulignant l’ingéniosité des Canadiens dans un contexte historique difficile.