Elections européennes : pourquoi Ursula von der Leyen n'est-elle pas soutenue par ses alliés en France ?
Elections européennes : pourquoi Ursula von der Leyen n'est-elle pas soutenue par ses alliés en France ?

Elections européennes : pourquoi Ursula von der Leyen n’est-elle pas soutenue par ses alliés en France ?

24.04.2024
5 min de lecture

La présidente de la Commission européenne est membre du même parti européen que Les Républicains. François-Xavier Bellamy, la tête de liste LR, refuse pourtant de lui apporter son appui dans la campagne pour sa réélection.

Sa figure plane sur les élections européennes du 9 juin. Mais en France, personne ne semble vouloir parler d’elle. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui s’est lancée le 19 février dans une campagne pour sa réélection, est « sans doute la présidente de Commission la plus connue depuis Jacques Delors », souligne auprès de franceinfo Sébastien Maillard, conseiller spécial et ancien directeur de l’Institut Jacques-Delors.

Au cours de son mandat, l’Allemande de 65 ans s’est notamment illustrée pour la mise en place du Pacte vert, qui vise la neutralité carbone de l’Union européenne (UE) en 2050, l’achat commun de vaccins contre le Covid-19 et sa défense de l’Ukraine face à l’invasion russe. Elle est cependant parfois critiquée pour sa pratique verticale du pouvoir et agace les Etats membres, comme lors de son déplacement en Israël après le début de la guerre avec le Hamas en octobre 2023. « Certes, elle tire la couverture à elle, mais dans un sens, elle donne aussi un visage à l’UE », tempère Sébastien Maillard.

« Elle n’a pas mené la politique que nous souhaitions »

Malgré sa notoriété, la cheffe de l’exécutif est pour l’instant largement absente de la campagne des européennes en France. La faute, entre autres, au désamour de ceux qui pourraient être ses soutiens naturels. Y compris de sa propre famille politique. La désignation d’Ursula von der Leyen comme candidate par le Parti populaire européen (PPE, centre droit), le 7 mars à Bucarest (Roumanie), n’a pas été soutenue par Les Républicains (LR), dont les élus siègent pourtant dans ce groupe. Pour le patron du parti, Eric Ciotti, elle incarne même « la dérive technocratique de l’Europe ».

« Elle n’a pas mené la politique que nous souhaitions », justifie l’eurodéputé LR Geoffroy Didier auprès de franceinfo, citant notamment « la loi de restauration de la nature » et le « pacte asile et migration » comme mesures rédhibitoires. Surtout, « elle s’est laissé influencer par les groupes Renaissance et socialiste qui lui ont tout imposé », peste le secrétaire général délégué de LR.

Peu importe, si, en l’absence d’une majorité au Parlement européen, les groupes du centre, de gauche et de droite sont obligés de s’entendre pour adopter des textes. Au-delà des désaccords politiques, le fond du problème tient à un péché originel, selon les élus LR : le nom d’Ursula von der Leyen aurait été dicté par Emmanuel Macron. « Elle n’était pas candidate du PPE en 2019, mais Emmanuel Macron l’a imposée, on ne peut donc pas nous accuser de faire volte-face », plaide Othman Nasrou, le directeur de la campagne des européennes pour LR, interrogé par franceinfo.

La cible préférée des eurosceptiques

L’origine de la brouille ? Ursula von der Leyen ne faisait pas partie des Spitzenkandidaten en 2019. Derrière ce mot allemand, traduisible par « chefs de file », se cache un processus de nomination inauguré en 2014 qui veut que le Conseil européen (c’est-à-dire la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement) choisisse le président de la Commission parmi les chefs de file désignés par les grands partis européens. Ce principe n’est cependant pas gravé dans le marbre, et le traité de Lisbonne n’impose au Conseil que de « tenir compte des résultats des élections ».

A l’issue du scrutin de 2019, sous l’impulsion d’Emmanuel Macron, les dirigeants des Vingt-Huit avaient ainsi refusé d’investir l’Allemand Manfred Weber, pourtant désigné candidat par le PPE, arrivé en tête. Le choix d’une personnalité qui n’avait pas fait campagne avait hérissé les députés européens, qui n’avaient adoubé Ursula von der Leyen qu’à une très faible majorité en juillet 2019.

Depuis sa nomination surprise, la présidente de la Commission est l’une des cibles préférées des eurosceptiques. Le Rassemblement national l’accuse fréquemment d’être illégitime« Elle n’est pas directement élue, elle incarne tout ce que nous critiquons », confie ainsi le porte-parole du Rassemblement national Gaëtan Dussausaye à franceinfo. Un discours pas si éloigné de celui porté par les élus LR. « Les Français ont l’impression qu’une personnalité non française, non élue, qu’ils ne connaissent pas, impose ses vues partout en Europe », explique Geoffroy Didier. Alors qu’il plafonne à 7% dans les sondages, le parti est largement distancé par le RN et Renaissance. « Les Républicains jouent leur survie avec ces élections, être contre Ursula von der Leyen leur permet de se distinguer dans la campagne », juge Sébastien Maillard.

La candidate de Macron ?

La tête de liste LR, François-Xavier Bellamy, ne rate en effet pas une occasion d’affirmer que la présidente de la Commission est selon lui « la candidate d’Emmanuel Macron ». Est-ce le cas ? « Elle n’est pas plus la candidate du président français que d’un autre chef d’Etat européen », répond l’eurodéputée Renaissance Nathalie Loiseau, qui rappelle l’importance « du dépassement politique dans les institutions européennes ».

« Ce n’est pas notre problème, mais celui du PPE », ajoute un cadre de la campagne de la tête de liste Renaissance Valérie Hayer, tout en précisant ne pas vouloir « tirer sur [Ursula von der Leyen] alors qu’elle a mis en œuvre bon nombre des propositions françaises »« Nous assumons d’avoir voté pour elle, il y a cinq ans, elle fait des choses tout à fait estimables, comme le plan de relance ou le Pacte vert, même si nous sommes en désaccord sur d’autres choses », complète Nathalie Loiseau.

Reste que contrairement à 2019, le groupe centriste Renew a décidé de ne désigner aucun Spitzenkandidat pour 2024, mais trois représentants, rapporte Euractiv. Une façon de laisser la porte ouverte à un soutien de Renaissance à la dirigeante allemande ? Face aux autres têtes de liste françaises, Valérie Hayer se retrouve fréquemment à défendre les textes adoptés ces cinq dernières années. « Nous ne comptons cependant pas faire de chèque en blanc à Ursula von der Leyen, mais on ne la rejettera pas a priori », explique Nathalie Loiseau, qui renvoie à des discussions après le 9 juin. Un non-choix qui découle « du refus d’Emmanuel Macron qu’une tête de liste d’un parti préside automatiquement la Commission », souligne Sébastien Maillard.

Une campagne d’équilibriste

Cette frilosité des partis français pourrait-elle mettre en danger un second mandat d’Ursula von der Leyen, si le PPE arrive bien premier, comme le prédisent les sondages ? Du côté du Conseil, l’hyperactivité de l’Allemande, « qui va parfois un peu trop sur le terrain des chefs d’Etat, pourrait lui être reprochée », prévient Sébastien Maillard. « Elle est déjà fragilisée au Conseil, elle n’aura pas la majorité au Parlement », prédit de son côté Othman Nasrou. « La probabilité est tout de même forte qu’elle soit désignée, car elle n’a pas de rival sérieux », tempère le spécialiste.

Tout dépendra du soutien de sa propre famille politique, de plus en plus réticente face au Pacte vert. Force est de constater que face aux dizaines d’élus allemands, polonais et espagnols du PPE (qui, eux, la soutiennent encore), les huit élus LR ne pèsent pas très lourd. « Ils risquent surtout de se marginaliser en interne et de perdre toute influence », note Sébastien Maillard. Ursula von der Leyen devra aussi aller chercher des voix en dehors du PPE, puisque le parti de droite ne semble pas en mesure de remporter une majorité absolue.

Consciente des risques, Ursula von der Leyen se fait discrète, contrainte de mener une campagne d’équilibriste en promettant moins de mesures climatiques sans renier son bilan, relève Politico. « Elle ne doit pas froisser ses pairs du Conseil », précise Sébastien Maillard, tout en s’assurant d’obtenir une majorité au Parlement européen après le 9 juin. « C’est une ligne de crête difficile à manœuvrer », souligne le spécialiste des affaires européennes.

Source: franceinfo

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