Élargissement de l'UE vers les pays de l'Est : la situation en Moldavie et en Macédoine du Nord
Élargissement de l'UE vers les pays de l'Est : la situation en Moldavie et en Macédoine du Nord

Élargissement de l’UE vers les pays de l’Est : la situation en Moldavie et en Macédoine du Nord

17.05.2024
4 min de lecture

Bien que l’Union européenne redoute les effets politiques de l’influence russe, les négociations avec les pays de l’Est, candidats à l’adhésion, progressent très lentement. Nos correspondants sur place décrivent la situation.

Vingt ans après l’élargissement de l’UE vers des pays de l’Est anciennement communistes, nombre de pays candidats à l’adhésion attendent encore la poursuite de négociations. Butant sur des problèmes économiques comme politiques, l’Ukraine et la Moldavie sont les pays les mieux partis pour intégrer l’Union européenne, et les discussions sont au point mort avec la Turquie. En dehors de ces pays, six autres sont officiellement candidats : la Géorgie et les pays des Balkans, que composent l’Albanie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord et le Monténégro.

Récemment, la Macédoine du Nord a suscité quelques inquiétudes chez les diplomates européens, avec le retour au pouvoir du parti conservateur historiquement pro-russe. Et la Moldavie, en pleine année électorale, a longtemps entretenu de bonnes relations diplomatiques et économiques avec Moscou. Alors que 2024 signe le début des négociations du pays avec l’UE, on peut se demander si la Moldavie est prête à couper les ponts avec la Russie.

En Moldavie, la population, dont une partie est russophone, est très divisée

En Moldavie, ancienne république soviétique, l’élection présidentielle d’octobre prochain s’accompagnera d’un référendum pour inscrire le processus d’adhésion à l’UE dans la constitution. La situation est délicate pour la présidente Maia Sandu, qui soutient ouvertement l’Ukraine et qui a fait de l’adhésion à l’Union européenne le projet phare de son mandat, qu’elle souhaite voir renouvelé à la fin de l’année. Sur le plan diplomatique, la Moldavie poursuit son rapprochement avec l’Union européenne. Elle et son ministre des Affaires étrangères multiplient les visites en Europe et aux États Unis pour renforcer les relations politiques, financières et militaires avec l’Occident. En mars la Moldavie a expulsé un diplomate russe, après la tenue de l’élection russe dans la région de Transnistrie.

Mais sur le plan économique, la situation reste ambivalente. Certaines régions, comme la Gagaouzie, considèrent toujours la Russie comme un partenaire économique de taille. Et la Moldavie dépend toujours du gaz russe. Elle a diversifié ses sources d’approvisionnement directes de gaz, mais son électricité est toujours majoritairement produite par une usine en Transnistrie via du gaz livré par Moscou.

La région autonome de la Transnistrie, point de tension pour la Moldavie et l’UE

La Transnistrie, région pro-russe dirigée par des autorités séparatistes, reste un point d’interrogation. Le gouvernement moldave dit travailler activement pour réintégrer la Transnistrie pacifiquement. Dans un premier temps, il s’agit d’une réintégration économique, en harmonisant, par exemple, les règles douanières, mais à terme l’objectif de l’autorité centrale serait de regagner le contrôle juridique et administratif de la région. Maia Sandu souhaite que cette réintégration s’opère avant l’adhésion du pays à l’Union européenne, possiblement d’ici 2030.

À préciser que la Transnistrie exporte la majorité de ses produits vers l’Union européenne, et non vers la Russie. Pourtant le soutien politique et économique de Moscou freine la résolution de ce conflit gelé depuis plus de 30 ans. Le rapprochement entre la Moldavie et l’Union européenne ne plaît évidemment pas à Vladimir Poutine. La Russie se montre donc très critique sur le gouvernement actuel. Pour exercer son influence, elle peut toutefois compter sur des partis politiques, dont ceux de l’oligarque fugitif Ilan Sor, ouvertement pro-russe. Des personnalités affiliées à Ilan Sor, telles que la gouverneure de Gagaouzie Evghenia Gutul se rendent régulièrement à Moscou, où une nouvelle coalition des partis d’opposition a vu le jour, il y a quelques semaines. Cette pression politique interne représente aujourd’hui un réel obstacle pour Maia Sandu, même si, pour l’instant, les sondages lui sont toujours favorables.

En Macédoine du Nord, le retour du parti conservateur fait planer quelques doutes

Lors de sa prise de fonction dimanche dernier, la nouvelle présidente macédonienne, Gordana Siljanovska-Davkova, s’est présentée comme la présidente de la Macédoine, et non de la Macédoine du Nord, nom officiel de ce pays de deux millions d’habitants. Ces propos ont suscité la colère du voisin grec, puisqu’ils remettent en cause un accord historique qui avait été trouvé pour mettre fin à une interminable dispute autour de l’héritage de la Macédoine antique. À Bruxelles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé aux nouvelles autorités macédoniennes qu’il était « primordial » qu’elles « respectent leurs engagements » pour que le pays poursuive son chemin vers l’adhésion à l’Union européenne.

La double élection qui a eu lieu la semaine dernière, présidentielle et législative, a vu le parti conservateur largement battre les sociaux-démocrates. La campagne très nationaliste des vainqueurs s’est faite autour des frustrations liées à la lenteur du processus d’intégration. En 2019, Emmanuel Macron avait opposé son veto à la simple ouverture des négociations. Cela avait suscité une forte incompréhension dans la société macédonienne et terni l’image de l’UE. D’autant plus que depuis, le voisin bulgare bloque aussi le processus d’intégration. Ainsi, le sentiment pro-européen qui était de plus de 80% il y a 5 ans, est tombé à 65% aujourd’hui. Lorsqu’il était au gouvernement dans les années 2010, le parti de droite nationaliste avait adopté une ligne eurosceptique et pro-russe. De retour au pouvoir, les conservateurs macédoniens affichent désormais leur attachement à l’Europe et à l’Otan, que le pays a rejoint en 2020. Mais alors que la Russie est accusée de mener des campagnes de désinformation, il faudra voir si les disputes nationalistes à venir avec les voisins grecs et bulgares ne vont pas faire monter le sentiment anti-européen dans le pays.

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