Nouveaux Débats sur l’Autodévoilement des Enseignants en Classe
La rentrée scolaire a débuté il y a quelques semaines, et des élèves ont déjà pris connaissance de certains aspects de la vie privée de leurs enseignants. Est-ce une bonne pratique de se dévoiler en classe ? Oui, mais seulement jusqu’à un certain point, rapporte TopTribune.
Isabelle Nantel, enseignante expérimentée, souligne que, quel que soit l’âge des élèves, le partage d’expériences personnelles peut être bénéfique, tant que cela est fait « avec jugement » et à des fins pédagogiques ou émotionnelles. Par exemple, si un élève de 3e année perd un proche ou un apprenant adulte éprouve des difficultés à jongler avec ses rôles, Nantel recommande de partager des expériences personnelles pour créer des liens, en précisant : « Je ne m’étale pas pendant une heure, mais c’est pour dire : je comprends ce que tu vis. »
Alexandra Espinoza-Cabello, enseignante de 4e année, n’hésite pas à partager ses ressentis avec ses élèves, tout en maintenant un cadre professionnel. Lorsqu’elle était enceinte, elle a régulièrement échangé avec ses élèves sur le développement du bébé, intégrant ces discussions dans ses leçons. « Je pense que ça leur a permis de développer leur empathie », déclare-t-elle à propos des échanges qui ont suivi ses moments de fatigue partagés avec les élèves.
Les Avantages de l’Autodévoilement
Chaque enseignant a sa propre approche concernant le partage de leur vie privée. Jacob Cayanus, professeur de communication à l’Université d’Oakland, a placé cette question au cœur de ses recherches. Selon lui, l’« autodévoilement » des enseignants peut être bénéfique lorsqu’il est approprié et modéré. Ses travaux indiquent que cela peut renforcer l’attention, la participation et l’engagement des élèves.
Alexandra Espinoza-Cabello confirme cette tendance, affirmant que les élèves s’investissent davantage lorsqu’il existe une relation authentique et personnelle entre eux et leur enseignant. « Quand la relation est authentique et plus personnelle, les élèves s’investissent davantage dans leurs apprentissages », souligne-t-elle.
Les enseignants peuvent également partager certains aspects « négatifs » de leur vie, ce qui peut contribuer à les humaniser, selon Cayanus. Cela pourrait, par exemple, inclure des échecs académiques passés.
Authenticité et Empathie
Elizabeth Olivier, professeure agrégée à l’Université de Montréal, rappelle qu’il n’est pas nécessaire de se dévoiler pour motiver les élèves. « Créer une bonne relation, c’est être empathique, disponible, authentique », explique-t-elle, notant qu’une authenticité peut être maintenue sans sacrifier son intimité. Si certains enseignants choisissent de partager des informations personnelles, d’autres doivent se sentir libres de garder leur vie privée intacte.
Maintenir une Juste Distance
Denis Jeffrey, professeur retraité de l’Université Laval, recommande de garder une « juste distance » avec les élèves. Cette distance doit être à la fois physique et émotionnelle, afin d’éviter toute mauvaise interprétation des interactions. Jeffrey évoque la métaphore des porcs-épics en hiver : trop éloignés, ils ont froid ; trop collés, ils se piquent. Il souligne que les enseignants doivent évaluer cette distance en fonction du niveau scolaire et du climat dans la classe.
Il avertit que le partage excessif d’informations personnelles, comme l’homosexualité, peut poser des risques dans certains milieux, pouvant conduire à des situations difficiles pour les enseignants. D’autres solutions, comme l’organisation d’activités pour les élèves LGBT, peuvent être envisagées.
Enfin, Caroline Cloutier, enseignante au secondaire, choisit de ne pas partager beaucoup sur sa vie personnelle mais aborde des sujets comme l’intimidation, affirmant qu’elle souhaite que ses élèves comprennent que son empathie est sincère.
Modération Requise
Les enseignants interrogés s’accordent à dire que la modération est essentielle lorsqu’il s’agit de partager leur vie personnelle en classe. Jacob Cayanus met en garde contre les révélations personnelles excessives qui pourraient engendrer de l’anxiété chez les élèves. De plus, les échanges personnels ne doivent pas empiéter sur le temps réservé à l’enseignement.
Isabelle Nantel ajoute que les enseignants doivent s’assurer que leurs partages ne nuisent pas à l’apprentissage, évoquant le cas d’une enseignante qui a négligé ses préparations au profit de anecdotes de voyage. « On n’est pas les amis de nos élèves ; on est les profs », conclut-elle, soulignant l’importance du rôle éducatif dans le cadre scolaire.
