Le Code du travail français autorise explicitement quatre boissons alcoolisées sur le lieu de travail. L’article R4228-20 précise : « Aucune boisson alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré n’est autorisée sur le lieu de travail. », rapporte TopTribune.
Les spiritueux tels que le whisky, le gin ou le rhum sont donc interdits lors des événements festifs au sein des locaux. En revanche, un verre de vin ou une bière peuvent être consommés dans le cadre d’un repas.
Cette tolérance, établie depuis des décennies, suscite régulièrement des interrogations en raison de son décalage avec les normes contemporaines de prévention des risques professionnels.
Une tolérance héritée du XIXe siècle
Cette distinction remonte à une époque où les boissons fermentées comme le vin, le cidre et la bière étaient surtout perçues comme des éléments alimentaires, plutôt que comme des substances euphorisantes. Didier Nourrisson, historien et auteur d’Une Histoire du vin, souligne que ces breuvages étaient considérés comme bénéfiques pour la santé, à l’opposé de l’eau jugée dangereuse à l’époque, rapporte RFi.
Suivant cette logique, l’Académie de médecine n’hésitait pas à affirmer qu’un travailleur pourrait consommer un litre de vin par jour sans compromettre sa santé.
Les alcools forts, en revanche, étaient perçus très différemment. Nourrisson rappelle que ces boissons étaient non seulement désapprouvées socialement, mais aussi associées à des désordres mentaux et des violences, tant sociales que politiques. Le vin accompagnait le repas des ouvriers alors que l’eau-de-vie était considérée comme une menace pour l’ordre public.
Cette séparation entre les boissons fermentées et les spiritueux a durablement marqué la législation française. Nourrisson évoque la période de 1850 à 1950 comme celle de la « civilisation du vin », notant que le tabou autour de cette boisson est encore vivant : « Personne ne peut toucher au vin. »
Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, avec la popularité croissante de l’automobile, les mesures sur l’alcoolémie et les nouvelles politiques de santé publique, que le vin a commencé à être catégorisé comme un risque comparable aux autres alcools.
Le poiré, la quatrième exception mentionnée dans l’article R4228-20, reste moins connu. Il est élaboré par fermentation de jus de poire et est parfois appelé le champagne normand. Sa production a été inscrite au patrimoine culturel immatériel depuis 2019.
Ce que l’employeur peut faire au 24 juillet 2026
Cet encadrement légal ne confère cependant pas une liberté totale. Depuis une réforme en 2014, les employeurs peuvent instaurer des restrictions, voire interdire complètement la consommation des quatre boissons alcoolisées autorisées, pourvu que cette action soit justifiée par la nature des tâches exercées et soit proportionnée aux objectifs à atteindre. Les postes sur chantiers, en usines, ou ceux impliquant la conduite de véhicules ou l’utilisation de machines sont directement concernés.
Cette interdiction doit être inscrite dans le règlement intérieur pour les entreprises de plus de 50 salariés, tandis qu’une simple note de service est suffisante pour les plus petites.
L’ivresse est prohibée en toute circonstance. L’article L4228-21 du Code du travail stipule que l’employeur a l’obligation de s’assurer que personne ne pénètre ou ne reste dans les lieux de travail en état d’ivresse. En cas de non-respect, des sanctions financières allant jusqu’à 10 000 euros par salarié concerné sont applicables, montant pouvant atteindre 30 000 euros en cas de récidive. L’employeur est également tenu de raccompagner ou d’isoler le salarié concerné.
Pour les salariés, le non-respect d’une interdiction stipulée dans le règlement intérieur peut mener à un licenciement pour faute grave. La jurisprudence retient encore cette qualification pour les chauffeurs ayant un taux d’alcool au-delà du seuil légal. En revanche, pour un employé sans antécédents disciplinaires occupant un poste non à risque, un licenciement pourrait être exceptionnellement jugé disproportionné par le juge, sauf en cas de récidive. Concernant les accidents du travail liés à l’alcool, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie peut refuser d’indemniser la victime.
Un contrôle d’alcoolémie en entreprise est envisageable, mais il doit être prévu par le règlement intérieur ou une note de service, réalisé en présence d’un tiers et se limiter aux emplois où une consommation d’alcool peut présenter des risques. Le salarié a le droit de demander une contre-expertise.