La chirurgie esthétique, visant à améliorer l’apparence et la confiance en soi, suscite des interrogations sur ses dérives potentielles. Le Dr Franck Benhamou, chirurgien plastique et esthétique à Paris, souligne qu’environ 5 % des patients souffrent d’une véritable addiction. Malgré cela, il constate que de nombreuses patientes se soumettent à des opérations multiples en peu de temps pour diverses parties de leur corps, allant jusqu’à se faire réopérer tous les six mois pour des retouches, rapportent TopTribune.
Parmi les motivations de ces interventions répétées, le Dr Benhamou identifie deux causes majeures. Tout d’abord, un facteur psychologique lié à la dysmorphophobie, qui se définit comme une préoccupation obsessive concernant un aspect physique jugé inacceptable. Cela conduit souvent à une suite d’opérations, engendrant un soulagement temporaire mais souvent suivi de nouveaux complexes. Ensuite, l’impact des réseaux sociaux, où les utilisateurs se comparent et aspirent à des idéaux de beauté souvent filtrés, influence fortement la perception que l’on a de soi. Le médecin note que la tendance à vouloir des fesses à la Kardashian semble être en déclin, signalant ainsi l’évolution des standards de beauté sous l’influence numérique.
« Je veux ma lipo »
Face à des demandes insistantes et directes, le Dr Benhamou observe que le discours des patientes a changé. Autrefois, celles-ci exprimaient leur désir de corriger certaines zones, tandis qu’aujourd’hui, il est fréquent qu’elles réclament directement des interventions spécifiques, comme la liposuccion, sans même obtenir un avis médical préalable.
Des demandes pas si mineures
Une autre problématique à laquelle fait face le corps médical est la demande croissante d’opérations esthétiques chez les mineures, souvent sous l’influence des réseaux sociaux. De nombreuses jeunes patientes se présentent, seules ou accompagnées de leurs parents, avec des souhaits d’opérations allant du nez aux seins. Le Dr Benhamou insiste sur le fait que ces demandes doivent être rigoureusement évaluées et souvent refusées, soulignant l’inadéquation d’autoriser de telles interventions à un âge si précoce.
Pédagogie
Selon le Dr Benhamou, le rôle du chirurgien va bien au-delà de l’exécution des demandes. Il doit évaluer chaque cas, poser des limites claires, et prendre le temps d’expliquer les refus, orientant si nécessaire vers un accompagnement psychologique pour ceux qui souffrent de dysmorphophobie. « La chirurgie esthétique doit rester une démarche réfléchie, avec des attentes réalistes », conclut-il.