Cet insecticide prohibé continue de causer des décès dans les foyers.

Cet insecticide prohibé continue de causer des décès dans les foyers.

15.04.2026 11:17
3 min de lecture

Le SNIPER 1000 EC DDVP, un insecticide contenant du dichlorvos, n’est plus censé être présent dans les foyers ni sur le marché en France. Pourtant, ce produit prohibé continue d’apparaître sur certains marchés, dans des petits commerces et en ligne. Selon le bulletin Vigil’Anses publié en avril 2026, la situation s’est détériorée, avec des centaines d’incidents documentés par les Centres antipoison entre 2023 et 2025, rapporte TopTribune.

Un insecticide interdit toujours à l’origine de nombreuses intoxications

Le rapport récent de l’Anses indique une augmentation inquiétante. Au cours de la période de 2023 à 2025, les Centres antipoison ont signalé 363 incidents liés au SNIPER 1000 EC DDVP. Dans 97 % de ces cas, il s’agissait d’une exposition effective à cet insecticide, totalisant 351 expositions. En tout, 434 personnes ont été concernées.

Les individus exposés varient en âge, des nourrissons de deux mois aux personnes âgés de 87 ans, avec une moyenne d’âge de 29 ans. L’Anses note que 320 personnes, soit 74 % des exposés, ont montré des symptômes. Parmi eux, il est comptabilisé 43 cas de gravité moyenne et 18 cas graves, engendrant quatre décès.

Ce rapport révèle une « forte augmentation du nombre d’événements et de cas » par rapport au précédent. Cela souligne que, malgré les alertes répétées au fil des années, l’usage de ce produit demeure problématique. Le précédent rapport de 2023 avait déjà enregistré plus de 206 cas d’intoxication entre 2018 et juin 2023. L’actualisation trois ans plus tard confirme la persistance de ce produit dans les foyers et les accidents qui en résultent.

Les accidents se produisent d’abord dans les logements

Le document de l’Anses met en lumière les circonstances d’exposition. Sur les 351 événements signalés, 255, soit 72,5 %, concernent l’utilisation du produit à domicile contre des nuisibles. Ce problème se concentre donc dans le cadre domestique, où les gens tentent d’éliminer punaises de lit ou cafards.

Un autre point marquant : 39 événements ont été des ingestations d’enfants après que le produit ait été laissé accessible. L’Anses note également 32 cas d’ingestion volontaire à des fins suicidaires. D’autres incidents sont signalés : ingestion de produit transvasé, contamination d’aliments, ou exposition dans une pièce où le produit venait d’être appliqué.

Le bulletin souligne que les intoxications aiguës peuvent entraîner des symptômes respiratoires, digestifs, neurologiques ou neuro-musculaires, pouvant aller jusqu’au décès. Ce rappel sanitaire illustre clairement le danger que représente ce produit. Ce n’est pas simplement un insecticide trop puissant, mais un produit dont l’utilisation dans un espace de vie peut engendrer de graves conséquences.

De plus, l’Anses évoque plusieurs cas sévères qui illustrent ces risques : deux jeunes enfants et deux adultes intoxiqués par ingestion accidentelle, deux personnes victimes après l’application du produit par une femme de ménage, ou une personne ayant dormi dans une pièce où le produit venait d’être utilisé. Ces exemples montrent à quel point le danger réside souvent dans un usage quotidien et familier.

Le produit reste surtout acheté en Île-de-France, mais il circule désormais ailleurs

La répartition géographique des cas est révélatrice. 67 % des événements se concentrent en Île-de-France. La Seine-Saint-Denis à elle seule représente 22 % des incidents recensés. Le tableau révèle également une forte présence à Paris, dans le Val-d’Oise, l’Essonne, le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine.

Cependant, l’Anses note une évolution : le produit ne se limite plus à la région parisienne. Des cas d’exposition ont été documentés dans d’autres grandes villes françaises, comme Marseille, Limoges et Lyon, ainsi qu’en Outre-mer. De nombreuses personnes ont acheté le produit en région parisienne avant de l’utiliser ailleurs en France.

Concernant les modes d’acquisition, il est évident que le produit est principalement obtenu sur des marchés ou à la sauvette, mais également dans de petits commerces, parfois transmis par des proches ou rapporté de l’étranger. L’Anses note qu’il est importé « principalement d’Afrique subsaharienne ». Il s’agit donc d’un réseau de distribution parallèle, en dehors des circuits de vente traditionnels.

L’interdiction n’empêche pas l’achat quand la promesse d’efficacité l’emporte

Le fait que ce produit prohibé continue d’être acheté s’explique également par des situations d’urgence domestique. Lorsque confrontés à des punaises de lit ou à une infestation de cafards, de nombreux ménages recherchent une solution immédiate, souvent après plusieurs échecs. Le SNIPER 1000 EC DDVP est souvent perçu comme une option plus radicale, rapide et « plus efficace » que les produits disponibles dans le commerce classique.

Cependant, l’Anses rappelle un point crucial : les punaises de lit ont développé des résistances à presque tous les insecticides en vente libre. L’agence recommande donc d’opter d’abord pour des méthodes de lutte physique, mécanique et thermique. En cas d’infestation persistante, il est préférable de faire appel à un professionnel de la lutte antiparasitaire disposant d’un certificat Certibiocide.

L’Anses met également en garde contre les achats sur des marchés ou à la sauvette, car cela expose au risque d’acquérir des produits interdits ou altérés. Elle incite à privilégier les circuits de distribution conventionnels, où les produits sont encadrés et où les instructions d’utilisation et de stockage sont clairement indiquées.

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