Carburants : un expert analyse l'incompréhension face aux prix élevés en France

Carburants : un expert analyse l’incompréhension face aux prix élevés en France

31.07.2026 06:46
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La hausse des prix des carburants : des Français résignés face à une crise exogène

Alors que les prix des carburants atteignent des sommets, les Français semblent accepter cette situation sans manifester de mouvement social, contrairement à 2018 avec les Gilets jaunes. Jean Coldefy, directeur des programmes de Mobil’inPulse, explique que cette résignation est due à la perception d’un choc extérieur, notamment causé par le conflit en Ukraine. Contrairement aux décisions fiscales unilatérales de l’État en 2017-2018, la hausse actuelle des prix du pétrole, qui s’élève à près de 2 euros le litre, n’est pas imputable au gouvernement français, ce qui rend la population moins encline à la révolte, rapporte TopTribune.

Ce phénomène de hausse des prix ne semble pas choquer les Français autant que par le passé, même si le coût d’un plein, qui est passé de 70 à 100 euros, reste douloureux à encaisser psychologiquement. Jean Coldefy souligne que les coûts réels, ajustés pour l’inflation, de l’essence n’ont pas beaucoup fluctué. En effet, depuis 1980, les prix de l’essence en euros constants sont similaires, tandis que les salaires ont augmenté de 11 %. Ainsi, pour un salarié au SMIC, le coût du carburant est moindre qu’il y a quarante ans.

Concernant l’allongement des trajets et le coût d’achat des véhicules, l’expert précise que la vraie problématique se situe ailleurs. Les distances parcourues par les Français se sont stabilisées, avec des augmentations principalement dues aux voyages aériens. Même si des routiers parcourent des milliers de kilomètres par mois, l’impact pour le Français moyen se chiffre à environ 24 euros supplémentaires par mois, ce qui n’est pas un drame pour l’équilibre budgétaire de la majorité.

Coldefy conteste l’idée reçue selon laquelle l’État bénéficie de la hausse des prix à la pompe. En réalité, les recettes fiscales issues des carburants diminuent, avec une perte de 20 % des revenus de la TICPE depuis 2018. Ces revenus sont cruciaux pour financer des aides sociales et des programmes de formation. La baisse de la consommation de carburant représente un manque à gagner de 6 milliards d’euros par an pour les finances publiques.

Il est essentiel, selon Coldefy, de maintenir un « signal prix » pour inciter les comportements en faveur de la transition écologique. La flambée des prix est un levier efficace pour pousser les conducteurs vers des véhicules moins polluants, bien plus que les interdictions ou les subventions. Il indique que le modèle économique français, qui a favorisé la surconsommation des ménages au détriment de l’industrie, doit évoluer pour réussir cette transition.

Jean Coldefy rejette également les aides généralisées, comme la remise à la pompe, en raison de l’impact financier massif qu’elles entraînent sur le budget public. Ces aides doivent cibler les ménages les plus modestes qui dépendent réellement de leurs véhicules pour le travail.

Concernant les habitants des zones périurbaines, il précise que le taux de pauvreté y est inférieur à celui des centres urbains. Beaucoup ont fait le choix conscient de vivre dans ces zones, acceptant les frais de transport associés. L’accompagnement public, selon lui, doit se concentrer sur la pauvreté réelle et les bas revenus, indépendamment des lieux de résidence.

* Jean Coldefy est ingénieur civil et expert en politiques publiques de mobilité, dirigeant le programme Mobil’In Pulse et les études du think tank TDIE.

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