Canicule : inquiétudes croissantes pour la production de pommes en France en raison de la sécheresse

Canicule : inquiétudes croissantes pour la production de pommes en France en raison de la sécheresse

11.08.2026 08:16
3 min de lecture

Une Récolte de Pommes Dégradée en France en Raison de la Sécheresse

La filière agricole française fait face à une crise majeure en raison d’une sécheresse persistante, qui menace la production de pommes. « Quand je regarde la météo, il n’y a pas d’eau, pas d’eau, pas d’eau. C’est affolant. » C’est ainsi que Laurent Rougerie, président de l’AOP Pommes du Limousin, décrit la situation actuelle. L’appellation protégée, qui regroupe 150 producteurs, prévoit une baisse de 20 % de sa récolte, devant débuter en septembre, rapportent TopTribune.

Thierry Moisy, président de l’Association nationale pommes poires (ANPP) et producteur de pommes depuis 2008 dans le Val-de-Loire, confirme cette tendance inquiétante. L’Agreste, service de la statistique du ministère de l’Agriculture, avait déjà évalué début juillet une diminution de 5 % de la production de pommes de table en France, avec un total anticipé de 1,52 million de tonnes. Cette situation est partiellement attribuée à un cycle d’alternance qui affecte les arbres fruitiers, mais la météo extrême de cet été a considérablement aggravé les conditions, stimulant des inquiétudes quant à l’approvisionnement en pommes cet hiver.

Des Pommes Moins Gros et de Moins Bonne Qualité

Les conséquences de cette sécheresse s’étendent au-delà des chiffres. Rougerie souligne que « les conditions extrêmes de sécheresse et les périodes caniculaires répétées font que la récolte risque d’être amoindrie, en volume mais aussi en qualité avec des pommes moins grosses ». Les arbres, soumis à un stress hydrique, montrent des signes de stagnation dans leur développement. Moisy précise que « dans le meilleur des cas, le fruit ne grossit pas, et dans le pire, on observe des brûlures et des coups de soleil sur une partie importante du fruit ». En plus des conditions climatiques, des nuisibles comme les pucerons contribuent à cette dégradation.

Grégory Favier, cultivateur dans les Hautes-Alpes, témoigne d’une situation inédite dans sa pratique. Pour la première fois en 25 ans, il a dû intensifier son irrigation à deux fois par semaine, soit 50 mm d’eau, une nécessité due à l’état critique de ses vergers de pommes et de poires situés entre 600 et 800 mètres d’altitude. Les techniciens de la chambre d’agriculture mesurent la croissance des fruits, constatant une ralentissement significatif : au lieu de se développer de 4 à 5 millimètres par semaine, certaines pommes ne mesurent cette année que 3 millimètres. « C’est une double peine pour les cultivateurs. Il y a une perte de valorisation par le calibre et par la quantité : plus la pomme est petite, moins on produit », observe Rougerie.

Des Solutions d’Irrigation Insuffisantes

Face à cette crise, l’irrigation devient un enjeu central. Environ 75 % des superficies plantées en pommiers dans la filière AOP Limousin disposent d’un système d’irrigation goutte-à-goutte, mais cela ne suffit pas cette année. Certaines exploitations sont déjà à sec. « Je n’ai jamais vu mes réserves d’eau autant à plat à cette époque de l’année », indique Rougerie. La situation soulève des questions sur l’avenir de la production. Moisy met en garde : « L’irrigation ne s’invente pas. On estime que 5.000 mètres cubes d’eau sont nécessaires par hectare pour protéger les arbres et accompagner le développement du fruit. Ce sont des investissements lourds. » Cependant, la baisse de rendement par hectare, accentuée par une récolte déficiente cette année, devient alarmante.

En Haute-Alpes, Favier s’inquiète également pour l’avenir de la culture des pommes et des poires. « Est-ce que ce stress hydrique impactera le développement des bourgeons cet hiver ? », s’interroge-t-il. Avec les récoltes de pommes Gala, Golden et Granny Smith à venir, il espère que des nuits fraîches et des journées moins chaudes permettront aux arbres de récupérer. « Nous devons trouver des solutions pour stocker davantage d’eau afin de protéger notre production », conclut-il.

Les inquiétudes croissantes autour de la récolte de pommes en France mettent en exergue la nécessité d’une gestion durable des ressources en eau pour faire face aux défis climatiques futurs, interrogeant ainsi la viabilité à long terme de la filière des pommes dans le pays.

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