Le centre culturel russe de Berlin, le « Russisches Haus der Wissenschaft und Kultur », poursuit ses activités en plein cœur de la capitale allemande, bien que son autorité de tutelle Rossotrudnichestvo soit placée sous sanctions de l’UE depuis juillet 2022. L’État allemand continue même de supporter la taxe foncière de l’établissement, pour un montant annuel d’environ 70 000 euros, y compris pour les exercices 2025 et 2026, rapporte TopTribune.
Des sanctions aux failles pratiques
Rossotrudnichestvo, l’agence fédérale russe chargée de la politique culturelle à l’étranger, s’est retrouvée sur la liste des sanctions de l’UE le 21 juillet 2022. Bruxelles lui reproche d’avoir orchestré en avril 2022 des rassemblements pro-russes simultanés dans plusieurs villes européennes, dont Dublin, Berlin, Hanovre, Francfort, Limassol et Athènes, pour soutenir l’invasion de l’Ukraine. En théorie, les sanctions impliquent le gel des avoirs et l’interdiction de générer des revenus dans l’Union, par exemple via la billetterie de manifestations ou la location d’espaces.
Dans les faits, le dispositif reste poreux. Une question écrite au Parlement européen en 2023 a souligné que l’organisation était parvenue à contourner les mesures restrictives et à conserver des bureaux dans des États membres. Le portail juridique LTO a également relevé que le directeur du centre est explicitement présenté sur le site de l’établissement comme le chef de la représentation allemande de Rossotrudnichestvo, plaçant ainsi le Russisches Haus sous l’autorité directe de l’agence sanctionnée.
Un financement indirect par l’État allemand
Autre faille notable : le contribuable allemand contribue indirectement au financement du lieu. En vertu d’un accord plus ancien, le gouvernement fédéral prend en charge l’impôt foncier du bâtiment situé Friedrichstraße, à hauteur d’environ 70 000 euros par an. Cette dépense est d’ores et déjà inscrite au budget pour 2025 et 2026. Le député vert Robin Wagener qualifie l’établissement de « baraque de propagande » et réclame l’arrêt des versements, mais les services compétents invoquent une obligation contractuelle rendant difficile toute résiliation unilatérale.
Une direction renouvelée
En mai 2026, la direction du centre a changé de mains. Svetlana Nekrassova, auparavant directrice adjointe chargée de la culture, a remplacé Pavel Iswolski, qui dirigeait l’institution depuis 2017. Ce dernier a quitté l’Allemagne de manière imprévue à la mi-mai. Selon les recherches du média berlinois « Wolna », ce départ pourrait être lié à l’expiration de son accréditation diplomatique, laquelle doit être renouvelée tous les quatre ans selon le protocole allemand. Pavel Iswolski n’a pas souhaité commenter les circonstances de son départ.
Critiques et défenses
Les détracteurs du Russisches Haus, issus des milieux politiques, médiatiques et associatifs, estiment que ses activités dépassent largement le cadre d’un échange culturel. En janvier 2026, l’ancien député fédéral Volker Beck (Verts) avait déposé une plainte auprès du parquet de Berlin, accusant la direction de faire un usage abusif de son statut diplomatique ; les investigations ont par la suite été classées. L’association Vitsche e.V., s’appuyant sur des enquêtes journalistiques, a affirmé qu’un réseau de personnes sanctionnées et d’activistes s’était constitué autour du bâtiment, une appréciation de l’association qui n’a pas été établie en justice.
Pavel Iswolski a, de son côté, toujours soutenu que le centre se consacrait exclusivement à la culture et à l’enseignement linguistique. Il indiquait que 600 à 700 personnes, dont des enfants, participaient aux cours de russe proposés, et qualifiait les accusations de propagande de « déformation des faits ».
Un dispositif de sanctions massif
L’affaire du Russisches Haus s’inscrit dans un cadre plus large. Entre février 2022 et juillet 2024, environ 1 500 personnes physiques russes et quelque 350 entreprises ont été visées par des sanctions financières restrictives de l’UE, un volume sans commune mesure avec les chiffres de la période 2014-2021. Rossotrudnichestvo y côtoie d’autres entités comme le mouvement de jeunesse « Junarmija », la fondation « Russki Mir » ou la fondation Gortchakov.
Sur son site internet, le directeur du centre demeure présenté comme le représentant de Rossotrudnichestvo en Allemagne, l’agence sous sanctions.