L’audition représente un sujet délicat à évoquer au quotidien. Selon un sondage réalisé par OpinionWay pour Audika auprès de 1.159 Français les 25 et 26 avril 2026, 60% des participants confessent éprouver régulièrement des difficultés à comprendre ou entendre une conversation. Pourtant, seulement 16% d’entre eux déclarent avoir un trouble auditif reconnu, rapporte TopTribune.
Audition : une gêne que les Français minimisent encore
Le malaise auditif se manifeste généralement dans des interactions quotidiennes avant de mener à une consultation médicale. Cela se traduit par des malentendus, des informations zappées et des conversations suivies à moitié. Le sondage OpinionWay pour Audika met en lumière ce phénomène : le « passing auditif », qui désigne le fait de cacher ses problèmes d’audition pour éviter de se faire remarquer.
Cet enjeu est largement répandu. 69% des Français admettent avoir recours à au moins une stratégie pour dissimuler ce handicap. Parmi les tactiques employées, on retrouve faire comme si l’on avait compris, oublier certaines informations, donner des réponses vagues, s’éclipser ou se fier à la lecture labiale. Environ 42% des personnes sondées indiquent recourir fréquemment à ces stratégies.
Il existe un fossé notable entre la gêne ressentie et les troubles reconnus. En effet, alors que 60% des Français confient avoir des difficultés fréquentes à entendre ou à comprendre, seuls 16% admettent un trouble auditif identifié. Cela signifie qu’une partie de la population vit avec des gênes suffisamment obscurcissantes pour influencer son comportement sans pour autant en faire un sujet de santé.
Pour Michaël Tonnard, directeur général d’Audika, « les difficultés auditives restent masquées bien avant d’être prises en charge, non par manque d’information, mais par peur de l’image que cela pourrait renvoyer ».
Les jeunes Français davantage exposés au regard des autres
L’audition est largement synonyme de vieillesse dans l’esprit des Français. Ainsi, 70% d’entre eux associent les troubles auditifs à l’âge avancé. Cependant, le sondage révèle que les jeunes ne sont pas épargnés : 68% des 18-24 ans se déclarent éprouvant régulièrement des difficultés d’audition.
Cette tranche d’âge semble plus sensible à la stigmatisation sociale. 75% des moins de 35 ans rapportent cacher leurs problèmes auditifs, tandis que 42% éprouvent de la honte à l’idée d’admettre leur difficulté à entendre. Parmi les jeunes adultes, 59% affirment avoir modifié leur manière d’interagir en raison de leur état.
Cela impacte directement leur vie sociale. Certains évitent les environnements bruyants, d’autres s’expriment moins en groupe ou participent moins aux réunions familiales. Par conséquent, les difficultés auditives affectent non seulement le confort auditif, mais aussi la façon dont ils interagissent avec les autres.
Le sondage précise que « 70% des Français intègrent une association entre difficultés auditives et vieillissement ». Cette perception rend sa reconnaissance d’autant plus complexe, notamment pour les jeunes.
Le 100% Santé n’a pas supprimé le frein psychologique
La réforme du 100% Santé a permis aux assurés dotés d’une complémentaire responsable de bénéficier d’un remboursement intégral des aides auditives de classe I. L’Assurance maladie spécifie que ces dispositifs bénéficient d’une période d’essai d’au moins 30 jours et d’une garantie de 4 ans.
La DREES souligne que cette réforme, en vigueur depuis 2021, vise à éliminer les frais à la charge du patient pour certains dispositifs en audiologie, optique et dentaire. En matière d’audiologie, l’expression du 100% Santé a été plus observée que pour l’optique, se chiffrant à 57% en 2021 d’après les données officielles.
Cependant, le facteur financier n’est pas l’unique obstacle. Audika indique que le taux d’équipement auditif est de 55%, soit le plus élevé d’Europe, tout en révélant que 45% des malentendants ne sont toujours pas bénéficiaires d’appareils. Le refus ou délai de l’appareillage est souvent lié à l’image associée aux aides auditives.
Le sondage met en lumière une inquiétude palpable : 55% des jeunes de moins de 35 ans craignent qu’un diagnostic les condamne à porter un appareil auditif, contre 29% des plus de 50 ans. Bien que la technologie d’aide auditive ait progressé, elle reste socialement difficile à accepter pour une part des Français.
Un enjeu de santé au-delà de l’appareil auditif
La santé auditive ne se limite pas simplement à la capacité d’entendre. Si elle n’est pas prise en charge, la perte d’audition peut avoir des répercussions plus profondes, tant sur la vie sociale que sur la santé mentale. L’Organisation mondiale de la santé lie les pertes auditives non traitées à l’isolement social, à la solitude et à la stigmatisation, tout en révélant un risque accru de démence et un déclin cognitif accéléré en cas de non prise en charge.
Face à des difficultés auditives, l’Assurance maladie préconise de consulter pour un bilan qui orientera vers un traitement adapté, pouvant passer par un médecin, un ORL et, si besoin, un audioprothésiste pour ajuster un appareil auditif.
Cependant, comme le montre le sondage Audika, le premier frein se situe souvent en amont de cette démarche. 35% des Français trouvent pénible d’admettre à quelqu’un qu’ils n’ont pas bien entendu et 41% préfèrent éviter d’aborder le sujet. Ainsi, la gêne précède souvent la reconnaissance du besoin de consultation.
Michaël Tonnard affirme que « briser le tabou de l’appareil auditif, c’est modifier la perception sur l’audition, car prendre soin de sa santé auditive, c’est s’occuper de sa santé ».