Le gouvernement a décidé de libérer 10 millions de barils de stocks stratégiques afin de réduire le prix du gazole dès le 1er novembre 2026. Bien que les grandes enseignes comme TotalEnergies et E. Leclerc aient effectivement réduit leurs tarifs de 10 à 21 centimes, les stations-services indépendantes se trouvent dans l’impossibilité de s’aligner faute de stock, rapporte TopTribune.
Les décisions du gouvernement et leur justification
L’accord du G7 d’octobre 2026 : libération de 100 millions de barils pour une baisse des prix
En réponse à la hausse des prix du carburant, le G7 a décidé le 2 octobre 2026 de libérer 100 millions de barils de pétrole issus des réserves stratégiques de ses pays membres. L’objectif est de saturer temporairement le marché pour faire diminuer les prix à la pompe. Fin octobre 2026, le prix moyen du gazole en France avait frôlé 2,40 euros le litre, avec une augmentation de 70 centimes depuis le mois de février. Cette hausse insoutenable a suscité des inquiétudes tant chez les automobilistes que chez les professionnels du transport.
Contributions françaises : 10 millions de barils dès le 1er novembre
Le 7 octobre 2026, le Premier ministre a annoncé que la France contribuerait avec 10 millions de barils de gazole, soit environ 1,6 milliard de litres. D’après les estimations de Patrice Geoffron, économiste spécialisé dans l’énergie, cette quantité couvrirait environ 20% des besoins trimestriels en diesel routier. Le gouvernement a promis une baisse de prix variant entre 12 et 18 centimes par litre, tout en s’engageant à garantir l’égalité territoriale : toutes les stations, qu’elles soient grandes ou petites, devaient bénéficier de ces stocks.
État des lieux à la pompe
Dès le 31 octobre 2026, TotalEnergies a réduit le prix du gazole à 2,15 euros le litre dans ses 705 stations Access, réalisant une baisse de 10 centimes. Le lendemain, E. Leclerc a annoncé une diminution de 21 centimes dans ses 742 stations, dépassant ainsi les attentes gouvernementales. La Coopérative U a adoptée une réduction similaire, apportant un soulagement immédiat aux automobilistes fidèles à ces enseignes.
Cependant, dans les zones rurales et périurbaines, les petites stations indépendantes continuent d’afficher des prix de 2,40 euros, voire 2,50 euros le litre. Cette situation découle du fait qu’elles n’ont pas reçu les stocks stratégiques promis. Francis Pousse, président national des distributeurs de carburants chez Mobilians, l’affirme sans détour : « Le gouvernement a choisi de privilégier les plus grands distributeurs pour la mise à disposition des stocks stratégiques de gazole. » Son constat est accablant : les petites stations sont laissées pour compte.
Fonctionnement des stocks : distribution inégale
Les stocks stratégiques de pétrole ne sont pas répartis équitablement entre tous les acteurs de la filière. Ils utilisent les voies logistiques habituelles : raffineries, dépôts pétroliers, réseaux de distribution. Cependant, la majorité de ces infrastructures appartient à de grands groupes. Par exemple, TotalEnergies gère ses propres raffineries et son réseau de distribution. E. Leclerc et la Coopérative U, quant à elles, possèdent des centrales d’achat puissantes qui concluent des négociations directement avec les raffineurs.
Les stations indépendantes, en revanche, doivent se fournir auprès de grossistes locaux ou régionaux, qui n’ont pas reçu de volumes issus des stocks stratégiques. Par conséquent, ces stations ne peuvent pas réduire leurs prix sans risquer d’atteindre le seuil de la faillite. Francis Pousse a même conseillé à certains exploitants de suspendre leurs commandes pour éviter l’insolvabilité. « Je ne peux pas laisser la partie de mes adhérents qui ne sont pas sous pavillon TotalEnergies dépérir comme ça. C’est absolument impensable », déclare-t-il. Bien que le gouvernement ait proposé un soutien financier, il s’agit d’un prêt avec un remboursement des intérêts allant jusqu’à 5 000 euros par station.
Des fermetures massives de stations-programmées : une prédiction alarmante
Les conséquences commencent à être évaluées. Entre 250 et 300 stations-service indépendantes risquent de fermer d’ici un an, une augmentation significative par rapport aux 50 à 80 fermetures habituelles en temps normal. Ces établissements ont déjà enregistré une chute de 20 à 40% de leur volume de ventes depuis le début de la crise énergétique. La mesure gouvernementale, censée apporter un soutien, semble paradoxalement précipiter leur agonie. « Ça suffit de subir, il faut vraiment des actes », insiste Francis Pousse. Une réunion avec les autorités était prévue le 4 novembre 2026 à Bercy pour exiger le respect des engagements d’égalité territoriale.
