Un nouveau polluant éternel, le R-1234yf, est au centre d’une action en justice après que Daikin a obtenu le 24 juillet 2026 l’autorisation d’utiliser ce gaz industriel dans son usine située à Oullins-Pierre-Bénite, au cœur de la vallée de la chimie, proche de Lyon. Cette région est considérée comme l’une des plus contaminées en per- et polyfluoroalkylées (PFAS) sur le territoire français. Bien que le R-1234yf soit surtout connu pour son utilisation dans les systèmes de climatisation automobile, Daikin envisage son usage comme additif dans la fabrication de caoutchouc destiné à l’industrie automobile à partir de 2028, rapporte TopTribune.
Alors que l’entreprise promet de réduire les rejets de certains PFAS dans l’eau et l’air, la conversion de ce gaz en acide trifluoroacétique (TFA), potentiellement dangereux pour la santé humaine, suscite des inquiétudes. En effet, l’Agence européenne des produits chimiques a classé le TFA comme substance suspecte pour la reproduction humaine et le développement métabolique. Le 28 septembre, plusieurs associations, dont « Notre Affaire à Tous » et le groupe des Verts de Lyon, ont déposé une requête pour annuler cette autorisation.
Des filtres en question
Le R-1234yf se dégrade en TFA au contact de la troposphère, se déposant ensuite sur la terre via les pluies. Jeanne Fleury, présidente de « Notre Affaire à Tous » à Lyon, souligne que Daikin assure que la substance ne sera pas en contact avec la troposphère, car elle sera préalablement filtrée. Cependant, elle met en avant les risques de fuites et de rejets incontrôlés, le filtre n’étant pas fiable à 100 %. De plus, la quantité de 15 tonnes de gaz stockée sur le site soulève des préoccupations non négligeables.
Fleury dénonce également le manque de mesures concernant la dégradation en TFA du nouvel PFAS dans l’arrêté préfectoral, qui, selon elle, ne prend pas en compte les risques suffisant pour protéger la population. L’association constate qu’il n’y a pas eu de consultation publique et que les documents relatifs aux risques sanitaires n’ont pas été partagés avec la communauté.
Les risques minimisés ?
Dans son communiqué, Daikin France conteste ces allégations, arguant que la demande d’autorisation a suivi un processus d’instruction exhaustif conforme à la réglementation. L’entreprise affirme avoir fourni une étude qui conclut à l’absence de risques sanitaires liés à ce projet. Toutefois, les associations questionnent certains formulations de l’arrêté, jugées ambiguës, qui stipulent que le projet pourrait avoir des « incidences notables, mais non substantielles », sous prétexte qu’aucune nouvelle population ne serait exposée.
Ironiquement, Fleury note que ce raisonnement semble indiquer qu’un gaz industriel de plus ou de moins ne change rien pour une population déjà exposée à des risques industriels.
Un manque de recommandations
L’arrêté préfectoral indique que l’utilisation de ce gaz pourrait provoquer des effets domino sur les installations existantes, sans pour autant modifier la classe de probabilité des accidents majeurs. Ce constat ne débouche sur aucune recommandation concrète, ce qui préoccupe la présidente de l’association.
Notre Affaire à Tous s’interroge sur l’absence de prescriptions claires à l’égard de l’industriel, suggérant qu’un suivi périodique et des évaluations de la performance des filtres devraient être nécessaires. L’association n’écarte pas la possibilité de déposer d’autres recours pour s’opposer à l’introduction de ce nouveau gaz.
