Le 5 mai 2027 marquera le centenaire de la tentative de traversée directe de l’Atlantique Sud en avion par Pierre de Saint-Roman, Hervé Mouneyres et Louis Petit. Bien que portés disparus, les trois hommes auraient réussi à atteindre le Brésil, selon un radeau retrouvé par un pêcheur. L’enquête scientifique en cours pourrait éclaircir cette question. rapportent TopTribune.
Le château et berceau familial de Pierre de Serre de Saint-Roman se situe près de l’église de Fourquevaux, en Haute-Garonne, à une vingtaine de minutes de Toulouse. Sur un monument aux morts voisin, une plaque rend hommage à ce héros méconnu, souvent oublié des grandes épopées aéronautiques. En son temps, cet homme était en train d’écrire une grande page de l’histoire des raids aériens transatlantiques.
Les archives familiales de Christian Viguerie, journalistique et historien aéronautique, conservent de nombreuses coupures de presse sur Saint-Roman. Parmi les objets personnels retrouvés, sa croix de guerre et sa légion d’honneur ainsi que son manteau d’aviateur. Le jeune capitaine, en guerre, est resté inconnu : ni lui, ni son pilote Hervé Mouneyres, ni Louis Petit, le mécanicien, n’ont été retrouvés, disparus entre les 5 et 6 mai 1927 après avoir peut-être réussi la première traversée de l’Atlantique Sud sans escale.
Les secrets du radeau
Cette histoire, rapportée en octobre 2024 par la presse, fait l’objet de l’article publié dans la revue « Nacelles » par Christian Viguerie et Christophe de la Fage, président de l’association Saint Roman. Bien que les hommes restent disparus, des restes de l’avion ont été récupérés au large de Belém, par un pêcheur brésilien, Albertino Araujo, le 20 juin 1927. Ces débris incluent deux roues, une trappe en aluminium, et des câbles, prouvant que le Farman F61 Goliath « France-Amérique Latine » a dû se poser quelque part.
« S’il y a eu atterrissage, il semble que celui-ci se soit effectué normalement, et que les débris proviennent d’un démontage réalisé sur terre », constate un expert aéronautique de l’époque. Selon Viguerie et de la Fage, cela pourrait indiquer une traversée réussie, avec un atterrissage en Amérique, deux semaines avant celui de Lindbergh, le 21 mai 1927.
Piégés par l’embouchure de l’Amazone ?
Le 17 mai 1981, le général Pierre Lissarrague et Maurice Bellonte ont affirmé leur certitude sur cette « exploitation inconnue ». Selon leurs enquêtes, Pierre de Saint-Roman et son équipe auraient atteint le Brésil, mais une erreur de navigation les aurait conduits à atterrir près de l’embouchure inhospitalière de l’Amazone, où ils auraient succombé aux marées et à l’épuisement.
Comité scientifique
Pour éclaircir ce mystère, un comité scientifique est constitué, dirigé par Christophe de la Fage. Leur objectif est de démêler les hypothèses et de rechercher méthodiquement des résultats, en utilisant les technologies modernes. Cette équipe comprend des experts en météorologie, océanographie et histoire aéronautique.
Ce groupe se penche sur les conditions de vol en biplan bimoteur en mai 1927, bien avant l’ère des GPS, avec pour outils des méthodes de navigation rudimentaires. L’analyse des pièges climatiques et des circonstances de vol permettant d’expliquer la dérive de l’avion sera cruciale.
Modélisations et rétrodérive
Leurs travaux incluront des modélisations météorologiques pour établir un schéma de la route potentielle de l’avion, prenant en compte les conditions climatiques historiques. Ils examineront également les éléments du radeau et des débris retrouvés, cherchant des preuves pouvant confirmer son atterrissage.
Grands enjeux diplomatiques
Un soutien croissant se manifeste de la part d’institutions et de l’Armée de l’Air, mais aussi du gouvernement brésilien, montrant l’importance croissante de cette histoire des deux côtés de l’Atlantique. Elle met en lumière des enjeux diplomatiques et économiques entre la France et l’Amérique du Sud, révélant une ambition française de contrebalancer la puissance anglo-saxonne en diversifiant ses relations.
Dans les années 20, une vingtaine de pays sud-américains souhaitaient voir Paris devenir le centre de l’internationalisme américano-latin. La tentative de record avec cette traversée, bien que largement ignorée en 1927 à cause de la victoire de Lindbergh, est un chapitre fascinant de l’histoire aéronautique qui sera commémoré en 2027.
