La procrastination, une pratique omniprésente, impacte significativement notre vie quotidienne. Qu’il s’agisse de remettre à plus tard une déclaration de revenus ou un devoir, ce comportement soulève de nombreuses questions : pourquoi procrastinons-nous ? Qui sont les procrastinateurs ? Et surtout, comment remédier à cette tendance ?, rapporte TopTribune.
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« C’est humain de procrastiner, on le fait tous », déclare Johanne Lévesque, neuropsychologue. Elle définit la procrastination comme l’habitude de reporter inutilement des tâches, des activités ou des devoirs.
Ce comportement touche diverses sphères de la vie : travail, amitiés, études, ménage et vie familiale. « Ce n’est pas de la paresse ni un problème de gestion du temps, mais plutôt une question d’évitement », précise le psychologue Dominique Dubé du centre d’aide à la communauté étudiante de l’Université Laval. Selon lui, « la motivation personnelle est souvent liée à la recherche du plaisir, rendant l’évitement d’activités difficiles normal, bien que cela puisse engendrer des difficultés chez certains individus qui reportent constamment leurs obligations ».
Dans son ouvrage publié en 2010 intitulé The Procrastination Equation : How to Stop Putting Things Off and Start Getting Things Done, Piers Steel souligne que la procrastination est aussi « courante que le café du matin ». Selon ses recherches, 95 % des gens admettent procrastiner, et près d’un quart affirment que cela constitue un trait de personnalité dominant.
« La procrastination est un des éléments qui me définissent », confie Valérie Beaudoin, analyste de la politique américaine. Elle avoue exceller sous pression, souvent à la dernière minute, tout en remettant à demain des tâches à accomplir. « Je ne prépare jamais mes valises à l’avance et j’ai terminé mes boîtes le jour même de mon déménagement », raconte-t-elle.
Des caractéristiques
Les procrastinateurs présentent certaines caractéristiques, selon Johanne Lévesque. Cela inclut des personnalités anxieuses, perfectionnistes, manquant de confiance, ou ayant des fonctions exécutives déficientes.
Ce sont des personnes qui n’arrivent pas à hiérarchiser les tâches, à planifier, à maintenir leur attention pour atteindre un objectif, et ils vont procrastiner. Il y a ceux aussi qui craignent l’échec. Pour eux, il sera difficile de se mettre à la tâche, parce que les exigences de perfection sont tellement grandes que ce sera, à leurs yeux, inatteignable.
Mélanie Cardin, professionnelle dans les télécommunications, se décrit également comme perfectionniste, fonctionnant mieux sous pression. Elle constate, à titre d’exemple, des tâches qu’elle remet constamment, même en avouant apprécier le processus.
Beaucoup procrastinent, souvent par manque de motivation ou par désir d’éviter des tâches désagréables. Ainsi, Laetitia Derome, étudiante à l’UQAM, illustre sa procrastination par le fait de cuisiner durant ses périodes d’examens, préférant préparer des biscuits plutôt que d’étudier.
Comment y remédier ?
Pour lutter contre la procrastination, Dominique Dubé suggère de faire introspection sur soi-même pour identifier ce qui mène à ce comportement. Éviter les distractions, comme les téléphones portables, et établir des priorités sont également cruciaux. « Il est bénéfique d’établir une liste d’objectifs spécifiques et mesurables, et d’identifier les moments les plus productifs pour travailler », conseille-t-il.
Valérie Beaudoin témoigne de son expérience avec les listes de tâches, souvent ineffectives, affirmant qu’elles ne produisent pas toujours le résultat escompté.
En revanche, Laetitia Derome reconnaît les avantages d’aller de l’avant et de faire des listes, indiquant que cela réduit le stress et améliore son sommeil.
Enfin, Pascale Huberty, fervente procrastinatrice, conseille de segmenter les tâches en petites étapes pour amorcer plus facilement l’action. « Il faut dédramatiser, surtout pour les perfectionnistes qui doivent accepter l’idée d’adopter une première version imparfaite qu’ils pourront améliorer par la suite », conclut Johanne Lévesque.
Les experts s’accordent à dire que la procrastination est normale, qui s’accompagne parfois de fatigue, et que trouver un équilibre entre loisir et travail est essentiel.
