Des scientifiques s'opposent à la déréglementation des pesticides dans l'Omnibus X européen

Des scientifiques s’opposent à la déréglementation des pesticides dans l’Omnibus X européen

09.10.2026 06:47
3 min de lecture

Le 3 octobre 2026, une manifestation réunissant plusieurs milliers de personnes a eu lieu près de l’usine Syngenta à Saint-Pierre-la-Garenne, dans le département de l’Eure. Ce rassemblement, organisé par la Confédération paysanne, Les Soulèvements de la Terre, l’association Cancer Colère et le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, s’est tenu pour dénoncer l’utilisation de pesticides dans l’agriculture, responsables de nombreux cas de cancer. La gendarmerie a strictement encadré l’événement, soulignant la montée des préoccupations autour de la sécurité alimentaire et de la santé publique, rapporte TopTribune.

La mobilisation s’inscrit dans un contexte de débats européens sur la régulation des pesticides. En effet, une proposition de la Commission européenne vise à déréglementer les contrôles sur ces substances, ce qui suscite l’inquiétude de plus de 550 scientifiques européens. Ce paquet législatif, présenté comme une simplification de la réglementation sur les pesticides, est perçu comme un dangereux recul. « Le système réglementaire doit rester en mesure de corriger les décisions d’hier avec le savoir d’aujourd’hui » souligne une lettre ouverte adressée aux présidences du Parlement européen et du Conseil européen, signée en septembre dernier.

Conséquences de la proposition Omnibus X

La proposition, dévoilée en décembre 2025, permettrait l’autorisation illimitée de certains pesticides et supprimerait la procédure de réexamen périodique pour la majorité des substances utilisées. Actuellement, ces substances doivent être réévaluées tous les dix à quinze ans. Pierre-Michel Perinaud, médecin généraliste à Limoges et président de l’association Alerte des médecins sur les pesticides, exprime son alarmisme : « Je suis effaré par ce texte. »

Martina Vijver, écotoxicologue à l’université de Leiden, souligne l’urgence de la situation : « Les pesticides se répandent plus loin qu’on ne le pensait. On les retrouve dans le sang, les urines. » Auditionnée au Parlement européen, elle a été choquée de constater qu’elle était la seule scientifique indépendante présente, révélant des liens entre les autres membres du panel et l’agro-industrie.

Démantèlement des protections actuelles

Une porte-parole de la Commission européenne a justifié ces changements par des retards dans le renouvellement des autorisations, déclarant que le système actuel était devenu « insoutenable ». Cependant, l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) a indiqué qu’elle nécessitait plus d’experts pour traiter les dossiers en attente. Pierre-Michel Perinaud dénonce ces affirmations : « Quand la Commission dit simplification, je dis mensonge. Ce n’est pas une simplification, c’est un démantèlement. »

En 2009, un règlement avait été établi pour garantir l’intégration de la littérature scientifique indépendante dans les dossiers. Ce cadre a permis de retirer d’environ 90 substances cancérigènes et neurotoxiques. Cependant, l’inquiétude grandit quant à une éventuelle augmentation de l’exposition des populations à ces substances.

Impact sur la santé publique et la biodiversité

Jean-Marc Bonmatin, chimiste-toxicologue au CNRS, alerte sur la situation actuelle des pesticides validés substance par substance, ce qui engendre un risque cumulatif d’exposition. « Avec l’Omnibus X, si on donne des autorisations illimitées et que le produit est mauvais, c’est parti pour des décennies d’empoisonnement des populations et de la biodiversité », prévient-il.

Débats européens à venir

Au Parlement européen, des corapporteurs de droite et d’extrême droite proposent d’étendre l’autorisation illimitée à des substances actuellement en réexamen. Le Conseil de l’Europe, dans un avis du 30 septembre, propose de revenir sur certaines de ces mesures en introduisant des durées maximales d’autorisation. Un vote crucial se prépare au Parlement européen, susceptible de déterminer l’avenir de la réglementation sur les pesticides.

Les prochaines semaines seront déterminantes, avec un vote en commission qui a déjà été repoussé. La situation autour de l’Omnibus X est révélatrice d’un clivage croissant entre les intérêts économiques et la santé publique. « On peut faire l’hypothèse qu’il y a un malaise chez ceux qui veulent cette régression. Cela constitue une bombe sanitaire », conclut Pascal Canfin, eurodéputé opposé à la déréglementation.

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