Trois ans après les massacres du Hamas, Israël est encore profondément marqué par le traumatisme du 7 octobre 2023, tandis que Gaza endure les séquelles d’une guerre dévastatrice. Ces deux mémoires de la catastrophe, qui ne convergent pas, rendent la paix encore plus difficile à atteindre, rapporte TopTribune.
Le 7 octobre 2023, le monde a été horrifié par les images des attaques terroristes lancées par le Hamas contre Israël, touchant un festival de musique et de nombreux kibboutz. Ces attaques ont causé près de 1 205 morts, 3 200 blessés et 250 otages, plongeant le Proche-Orient dans un conflit armé. En réponse à ces répercussions tragiques, Benjamin Netanyahou a déclenché une guerre ravageuse dans la bande de Gaza pour éradiquer le Hamas, tout en multipliant les fronts au Liban contre le Hezbollah et en intensifiant la confrontation avec l’Iran, soutenu par son allié américain Donald Trump. Ce cycle de violence a engendré un traumatisme supplémentaire au sein de la population palestinienne, effaçant tout espoir de paix durable.
Malgré le temps écoulé, le 7 octobre est loin d’être oublié. En Israël, la douleur demeure : l’horreur des massacres dans les kibboutz, les familles anéanties et les otages pris par le Hamas ont remis en question la promesse de sécurité de l’État hébreu. Le choc a été exacerbé par l’impréparation de Tsahal, l’armée israélienne, et du gouvernement face à cette attaque. L’absence d’une commission d’enquête d’État alimente encore la colère, comme l’illustre l’interpellation d’un père à l’encontre de Netanyahou, l’exhortant : « Vous n’avez pas protégé mon fils. »
De l’autre côté de la frontière, les conséquences de la riposte israélienne sont désastreuses. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 74 200 Palestiniens ont perdu la vie, une donnée reconnue par l’ONU. La région est dévastée : les hôpitaux ne fonctionnent plus correctement, l’eau fait défaut et les maladies se propagent. Des centaines de milliers de Palestiniens vivent dans des conditions de logement indignes, alors qu’1,4 million d’entre eux font face à l’insécurité alimentaire. Même le cessez-le-feu d’octobre 2025 n’a pas mis fin à la violence, avec près de 1 000 nouvelles victimes palestiniennes depuis son instauration.
Deux peuples face à l’abîme
Deux nations se retrouvent à présent face à une même abîme, mais sur des rives opposées. Pour une grande partie des Israéliens, le 7 octobre a détruit l’idée que des compromis avec les Palestiniens pouvaient garantir leur sécurité. En revanche, pour de nombreux Palestiniens, la situation actuelle à Gaza renforce la conviction qu’Israël ne leur laissera jamais la possibilité de vivre librement dans un État viable. La peur israélienne nourrit le désir de sécurité, tandis que le désespoir palestinien engendre une résistance croissante. Cette dynamique est contre-productive dans la quête d’une solution pacifique.
Lors des commémorations du 7 octobre en Israël, Benjamin Netanyahou a promis que le Hamas ne tiendra « plus jamais aucun pouvoir » à Gaza. Néanmoins, détruire une organisation ne signifie pas bâtir un avenir. Trois ans après l’attaque, des questions cruciales subsistent : qui gouvernera Gaza ? Qui prendra en charge sa reconstruction ? Comment désarmer un Hamas qui, trois ans après, reste actif ? Et surtout, qui parviendra à convaincre les Israéliens que leur sécurité repose sur une démarche politique ?
La guerre n’a pas supprimé la question palestinienne
Le legs le plus alarmant de ces trois années est peut-être que la guerre a modifié les rapports de force au Proche-Orient. Elle a affaibli le Hezbollah au Liban, touché l’Iran et démontré la puissance militaire israélienne au-delà de Gaza. Toutefois, elle n’a pas résolu la question palestinienne ; au contraire, cette dernière est devenue encore plus pressante et difficile à résoudre. Le 7 octobre a révélé les vulnérabilités israéliennes, tout en soulevant des interrogations quant aux avertissements émis avant l’attaque, qui, selon une enquête du quotidien Haaretz, auraient été ignorés par Netanyahou.
Yitzhak Rabin, avant d’être assassiné en 1995, affirmait qu’il n’y aurait pas de paix tant qu’aucune possibilité de dialogue ne serait envisagée. Trente et un ans plus tard,dans un tournant inquiétant, les dirigeants régionaux semblent avoir mis de côté cette perspective au profit d’une stratégie fondée sur la force, rendant presque inimaginable l’arrivée d’une paix véritable.
Israéliens et Palestiniens ne partagent ni la même histoire, ni les mêmes responsabilités ou deuils, mais ils sont désormais unis par une certitude tragique : leurs pertes continuent de déterminer le présent. Tant que chaque camp percevra dans la souffrance de l’autre une menace pour sa propre reconnaissance, le 7 octobre et Gaza demeureront deux mémoires séparées. Si ces traumatismes ne peuvent pas être abordés ensemble, sans les confondre ni ignorer l’un au profit de l’autre, le Proche-Orient restera emprisonné dans une « année zéro » qui a débuté le 7 octobre 2023…
