La notion d’andropause se révèle trompeuse. Contrairement à la ménopause, qui survient chez toutes les femmes, la baisse hormonale masculine n’est ni brutale ni systématique, rapporte TopTribune.
Les professionnels de santé préfèrent évoquer le déficit androgénique lié à l’âge (DALA) ou le syndrome de déficit en testostérone, lorsque cette diminution s’accompagne de symptômes affectant la qualité de vie. Cette baisse de la testostérone se produit de manière progressive, avec une intensité variable d’un homme à l’autre, et ne concerne pas tous les hommes.
Des érections qui se font plus rares
La sexualité est souvent la première affectée. Selon les urologues, la réduction des érections nocturnes et matinales constitue un signal d’alerte. L’érection nécessite davantage de temps pour se produire, malgré des stimuli plus forts, et s’estompe plus rapidement. De plus, le temps nécessaire avant de pouvoir avoir un nouveau rapport s’allonge.
Le désir diminue, les rapports deviennent plus espacés, l’orgasme peut perdre en qualité, et l’éjaculation se révèle moins abondante et moins forte. Un autre indicateur : l’efficacité des médicaments pour les troubles de l’érection (inhibiteurs de la PDE5) tend à diminuer.
Bien plus qu’une affaire de couple
La fatigue, les bouffées de chaleur, les sueurs, les troubles du sommeil, l’irritabilité, une humeur morose, des trous de mémoire ou des difficultés de concentration s’ajoutent souvent aux signes d’un déficit en testostérone. Le corps masculin subit également des changements : perte de masse musculaire, abdomen rond, réduction de la pilosité, seins qui augmentent (gynécomastie), et fragilisation des os.
Un questionnaire pour faire le point
Le médecin peut utiliser le score ADAM, qui comprend dix questions simples :
- éprouvez-vous une baisse du désir sexuel ?
- éprouvez-vous une baisse d’énergie ?
- éprouvez-vous une diminution de force et/ou d’endurance ?
- votre taille a-t-elle diminué ?
- avez-vous noté une diminution de votre joie de vivre ?
- êtes-vous triste et/ou maussade ?
- vos érections sont-elles moins fortes ?
- avez-vous noté une altération récente de vos capacités ?
- vous endormez-vous après le dîner ?
- votre rendement professionnel s’est-il réduit ?
Un oui aux questions 1 et/ou 7, ou à au moins trois questions, suggère un déficit en testostérone.
Une prise de sang, le matin et à jeun
Pour établir un diagnostic, certains praticiens se basent sur le taux de testostérone totale. « C’est plutôt la valeur de la testostérone libre ou biodisponible qu’il faut prendre en compte, affirmait le Pr Éric Huygues lors du congrès de l’Association Française d’urologie (novembre 2023 ; Paris), même si la testostérone totale semble normale. »
Deux dosages le matin, à jeun, pris à un mois d’intervalle, sont recommandés. Concernant les normes, il est préférable de se référer aux valeurs moyennes des hommes jeunes (20-40 ans), précise l’Association française d’urologie (AFU).
Le bilan inclut également la TSH (pour écarter une hypothyroïdie), ainsi que des mesures de la glycémie et des lipides sanguins.
Si un déficit est confirmé, d’autres examens (LH, PSA, numération sanguine, prolactine) permettent de déterminer l’origine de la baisse de testostérone (au niveau des testicules ou lié à l’hypophyse dans le cerveau).
Agir d’abord sur l’hygiène de vie
Des facteurs tels que l’obésité, le diabète, l’alcoolisme, la sédentarité et certains médicaments (corticoïdes, neuroleptiques, certains antidépresseurs, morphiniques, le diurétique spironolactone, etc.) ainsi que des maladies chroniques (cancer, VIH, insuffisance organique, hémochromatose/surcharge en fer, lupus, etc.) favorisent le déficit.
Par exemple, chez les hommes obèses, le taux de testostérone totale est en moyenne 25 % plus bas. La perte de poids et l’activité physique régulière font donc partie intégrante du traitement.
La testostérone, sous surveillance
« Environ 340 000 hommes en France présenteraient un déficit en testostérone avec symptômes, mais seulement 70 000 d’entre eux, soit 20 %, sont sous traitement substitutif, indiquait le Pr Huygues. Or le traitement du déficit en testostérone est efficace et sans risque. Non seulement il améliore la sexualité (libido, fonction érectile) et la qualité de vie (fatigue), mais il a également un impact positif sur la santé générale. » De plus, l’urologue ajoute : « Contrairement à une idée répandue, des recherches approfondies ont confirmé qu’un taux élevé de testostérone n’est pas lié à un risque accru de cancer de la prostate. »
Ainsi, lorsque le déficit est confirmé et associé à des symptômes, un traitement par testostérone peut être proposé : injections intramusculaires de testostérone énantate (remboursées) ou gel (non remboursé).
À noter : un cancer de la prostate contre-indique le traitement. Le médecin devra également être prudent en cas de taux de globules rouges trop élevé, de risque de thrombose, d’adénome de la prostate gênant ou d’apnées du sommeil.
