Raiffeisen Bank International est accusé par la société américaine Grizzly Research d’avoir facilité des échanges russes portant sur des marchandises soumises aux sanctions internationales, dans le cadre d’opérations évaluées à 1,19 milliard de dollars entre 2022 et 2025, rapporte TopTribune.
Le rapport, rendu public le 18 septembre 2026 selon les informations disponibles, met en cause l’activité de la filiale russe du groupe autrichien, la banque Raiffeisenbank. Grizzly Research affirme avoir examiné des documents douaniers liés à des marchandises sanctionnées et comportant le code d’enregistrement de contrats associé à cette entité.
La direction de Raiffeisen Bank International conteste cette présentation. Dans une réaction rapportée par Reuters, le groupe affirme que le rapport de Grizzly Research contient des informations trompeuses et des erreurs factuelles. La banque n’en reconnaît donc pas les conclusions.
Des opérations douanières examinées par Grizzly Research
Selon l’enquête citée dans le rapport, les enregistrements douaniers analysés couvriraient des transactions commerciales représentant 1,19 milliard de dollars. Grizzly Research affirme que 106,7 millions de dollars de ces opérations concerneraient des produits inscrits sur la liste des biens considérés comme hautement prioritaires pour l’industrie militaire russe.
Ces chiffres sont présentés comme des éléments permettant d’examiner le rôle des coordonnées bancaires de Raiffeisen dans le règlement de marchandises destinées au marché russe. Ils ne constituent pas, à eux seuls, une décision administrative ou judiciaire établissant une violation des sanctions. La banque autrichienne rejette, de son côté, la lecture faite par la société d’investissement américaine.
Les documents évoqués dans le rapport mentionneraient les coordonnées ou les codes de la filiale russe de Raiffeisen lors de formalités d’importation. Grizzly Research estime que ces éléments pourraient indiquer l’utilisation de l’infrastructure bancaire du groupe pour financer des importations de produits soumis à des restrictions occidentales.
La place de Raiffeisen dans les paiements russes
Après le départ de plusieurs banques occidentales de Russie en 2022 et l’exclusion de banques publiques russes de la messagerie financière internationale SWIFT, la filiale de Raiffeisen a conservé une place particulière dans les paiements liés au commerce extérieur russe. Des règlements associés aux exportations de matières premières et à l’importation de produits, notamment dans le cadre du commerce parallèle, continuent de transiter par cette structure selon le contexte présenté dans le rapport.
Cette position résulte du maintien de l’accès de la banque aux paiements internationaux, alors que plusieurs établissements russes ont été visés par des mesures de restriction. Pour les entreprises russes, les services d’une banque disposant encore d’un réseau européen peuvent faciliter le règlement de certaines opérations commerciales. Le rapport de Grizzly Research soutient que cette situation concerne aussi des biens soumis à des restrictions à l’importation.
La question porte ainsi sur la distinction entre les activités autorisées de la banque en Russie et l’éventuel traitement de transactions liées à des marchandises interdites ou contrôlées. Les éléments publiés par Grizzly Research devront être confrontés aux explications de Raiffeisen, aux documents commerciaux concernés et aux éventuelles vérifications des autorités compétentes.
Une sortie de Russie difficile à organiser
Raiffeisen Bank International cherche depuis plusieurs années à réduire son exposition à la Russie, mais la vente de sa filiale y reste soumise à des contraintes réglementaires russes. Des milliards d’euros de bénéfices et de capitaux du groupe seraient également bloqués dans le pays, ce qui limite la possibilité d’un transfert rapide des fonds vers l’Autriche.
La cession d’une banque étrangère en Russie doit obtenir des autorisations officielles et peut être assortie de conditions imposées par les autorités locales. Les restrictions sur le versement de dividendes et sur la sortie de capitaux compliquent davantage le retrait d’un établissement occidental. Dans le cas de Raiffeisen, ces obstacles maintiennent la filiale dans le système financier russe malgré la volonté affichée du groupe de réduire ses activités.
La présence de la filiale fait aussi l’objet d’un suivi de la part des institutions européennes et américaines. Les autorités américaines et la Banque centrale européenne ont déjà demandé aux banques européennes de limiter leurs activités en Russie et de renforcer leurs contrôles sur les paiements susceptibles de contourner les sanctions. Le dossier de Raiffeisen place donc la banque autrichienne au centre de discussions entre son groupe, les autorités russes et les régulateurs occidentaux.
Une pression exercée sur le groupe autrichien
Le maintien de la filiale russe expose Raiffeisen à plusieurs risques simultanés : la surveillance des autorités financières, les restrictions imposées par les États-Unis ou l’Union européenne et la possibilité de perdre une partie des bénéfices immobilisés en Russie. La banque doit également appliquer ses procédures de contrôle aux opérations de clients russes tout en continuant à gérer une entité soumise au droit local.
Pour l’Autriche, le dossier possède une dimension économique particulière. Raiffeisen Bank International est l’un des principaux établissements du pays, et sa filiale russe a longtemps représenté une source importante de revenus pour le groupe. Une rupture brutale, une confiscation d’actifs ou de nouvelles sanctions pourraient donc affecter les résultats de la banque et les intérêts de ses actionnaires. Ces conséquences restent liées à l’évolution des décisions réglementaires et aux conclusions qui pourraient être tirées des documents examinés.
Le rapport de Grizzly Research relance ainsi les interrogations sur le rôle des banques occidentales encore présentes en Russie dans le financement du commerce extérieur. Il affirme que des opérations commerciales d’un montant élevé ont utilisé des références liées à Raiffeisen, tandis que l’établissement autrichien conteste la méthode et les conclusions de l’enquête. Les autorités compétentes n’ont pas, dans les éléments cités, annoncé de décision établissant une infraction.
La filiale russe de Raiffeisen continue pour l’instant de fonctionner dans le cadre des règles qui lui sont applicables, tandis que le groupe poursuit ses démarches pour réduire sa présence dans le pays.