Quatre ans après la mort de Mahsa Amini, Téhéran affiche une fragilité cachée derrière sa mobilisation sécuritaire

Quatre ans après la mort de Mahsa Amini, Téhéran affiche une fragilité cachée derrière sa mobilisation sécuritaire

16.09.2026 18:16
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Quatre ans après la mort de Mahsa Jina Amini en garde à vue, la République islamique d’Iran tente de présenter son pays comme étant revenu à l’ordre. Les manifestations de masse ne se déroulent plus quotidiennement, et l’appareil répressif montre encore sa capacité à arrêter, condamner et disperser ceux qui osent s’opposer. Cependant, à l’approche de l’anniversaire du mouvement « Femme, Vie, Liberté », le comportement du pouvoir suggère une autre réalité : bien que la protestation soit réprimée, l’obéissance n’est pas rétablie, rapporte TopTribune.

Deux vastes mobilisations du régime dans la région de Téhéran

Le Corps des gardiens de la révolution a annoncé deux vastes mobilisations dans la région de Téhéran. La première devait réunir, selon les chiffres officiels, 110 000 membres de structures paramilitaires du Bassidj, de réseaux de renseignement et de groupes locaux. Une seconde opération, baptisée « Sacrifier sa vie pour l’Iran », était prévue avec 313 000 participants dans la capitale. Bien que ces chiffres doivent être pris avec précaution, leur annonce témoigne d’une volonté politique de démontrer une forte capacité de mobilisation.

Si les autorités estiment réellement que la société est pacifiée, pourquoi déploient-elles autant de moyens au moment où la hausse du prix de l’essence ravive les inquiétudes sociales ? L’autorité ne se limite pas à la capacité de répression en cas de protestation; elle se mesure également à la capacité de gouverner sans menacer en permanence la population par des démonstrations de force. Ces manœuvres peuvent donc être interprétées comme un signe d’inquiétude et non seulement comme une démonstration de pouvoir.

Le prix de l’essence a été doublé

Depuis le 8 septembre, le prix de l’essence a doublé pour les consommations mensuelles dépassant 110 litres. Cette décision, initialement retardée en raison de la crainte d’une révolte similaire à celle de novembre 2019, soulève de vives inquiétudes. À l’époque, une hausse surprise du carburant avait provoqué une vague de manifestations à l’échelle nationale, réprimées dans le sang par les autorités.

En Iran, le prix de l’essence ne se limite pas à un simple produit; il reflète des questions de pouvoir d’achat, d’inégalités, de corruption et de méfiance envers le gouvernement. Dans un contexte de forte inflation et de hausse des coûts alimentaires et des transports, des décisions budgétaires peuvent rapidement devenir des enjeux politiques. La population s’interroge sur les raisons de payer le prix de choix qui ne l’impliquent pas.

En 2019, ce fut l’augmentation des prix du carburant qui a déclenché la colère populaire. En 2022, ce fut la mort tragique d’une jeune femme. À l’avenir, cela pourrait provenir de salaires impayés, de chômage croissant, de crises d’eau ou d’autres discriminations. La situation en Iran ne doit pas être jugée uniquement par le nombre de manifestants dans les rues, mais aussi par le nombre d’agents mobilisés par le pouvoir pour empêcher leur retour, un indicateur politique en soi.

Faire appliquer la contrainte du voile obligatoire est devenu une opération quotidienne, coûteuse et incertaine

La République islamique a réussi à éloigner le mouvement « Femme, Vie, Liberté » des rues, mais elle n’a pas rétabli l’ordre tel qu’il était en septembre 2022. Le voile obligatoire est un aspect visible de cette tension. Bien que les lois restent en vigueur et que le pouvoir continue de menacer, leur application est devenue une tâche compliquée et coûteuse. Même en période de calme apparent, la désobéissance des femmes change le rapport entre le régime et la société.

C’est peut-être là l’héritage le plus durable de Mahsa Amini. Une mobilisation ne transforme pas une société uniquement par un renversement immédiat du pouvoir; elle peut également changer la perception des citoyens face à l’autorité, atténuant la peur et transformant la désobéissance individuelle en un mouvement collectif. Un gouvernement peut disséminer des rassemblements et emprisonner des activistes, mais il est bien plus complexe d’imposer de nouveau une légitimité à des règles que la population a cessé d’accepter.

Calculs militaires, idéologiques et géopolitiques

Cette réalité interne s’inscrit dans le contexte d’une guerre régionale. Affirmer que le régime nourrit le conflit uniquement pour prévenir une révolte serait exagéré. Ses choix sont également dictés par des considérations militaires et géopolitiques. Cependant, Ignorer l’utilité interne d’un état de confrontation permanente serait naïf.

Dans un cadre de guerre, une contestation contre le prix de l’essence peut être perçue comme une perturbation du « front intérieur », tandis qu’un échange avec un média étranger peut être considéré comme « une collaboration avec l’ennemi ». La guerre justifie des restrictions sur l’information et le contrôle social au nom de la sécurité nationale.

Les signaux envoyés par Téhéran pour atténuer les tensions ou réduire la pression économique ne révèlent pas nécessairement une volonté de normalisation durable. Le pouvoir peut chercher à réaliser un certain équilibre économique tout en entretenant un niveau de confrontation nécessaire à sa politique interne. Une paix durable mettrait au premier plan des enjeux tels que l’inflation, la corruption, et les droits civiques, des matières auxquelles le régime ne répond pas de manière convaincante.

Ne pas réduire l’Iran au nucléaire, aux missiles ou au détroit d’Ormuz

L’Europe commettrait une erreur en limitant son discours sur l’Iran à des questions de nucléaire, de missiles ou de détroit d’Ormuz. Bien que ces sujets soient cruciaux, notamment pour leur impact sur les coûts de la vie en Europe, la répression intérieure et la déstabilisation régionale proviennent d’un même système qui transforme les crises en instruments de survie.

La France et l’Union européenne ne devraient pas décider de l’avenir de l’Iran au nom des Iraniens. Toutefois, elles peuvent esquiver une politique qui n’épuise que la population tout en maintenant l’appareil coercitif intact. Cela nécessite la protection de l’accès à Internet et des communications sécurisées, la documentation des crimes ainsi que le maintien de liens avec la société civile et les forces démocratiques. Les négociations concernant le nucléaire peuvent être nécessaires, mais elles ne devraient pas faire taire les réalités qui se jouent à l’intérieur du pays.

Quatre ans après la mort de Mahsa Amini, le signe le plus révélateur de la situation en Iran n’est pas seulement le calme apparent des rues, mais plutôt un régime qui, pour préserver cet état de tranquillité, se sent contraint de déployer à nouveau des centaines de milliers de forces. La répression peut acheter du temps, mais elle ne garantit pas l’obéissance. Toute politique européenne réaliste envers l’Iran devrait intégrer cette distinction dans ses réflexions.

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