Dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026, à 3 heures du matin, les citoyens français reculeront leur horloge d’une heure. Ce rituel, introduit par Valéry Giscard d’Estaing en 1976 suite au choc pétrolier, devait disparaître en 2021, selon les décisions du Parlement européen. Pourtant, sept ans plus tard, la pratique demeure en vigueur, subissant l’impact de conflits géopolitiques et de crises sanitaires, rapporte TopTribune.
Le changement d’heure 2026 : une tradition de cinq décennies en quête d’avenir
En réponse à la flambée des prix du pétrole en 1973, la France a mis en place, dès 1976, une règle visant à décaler ses activités pour optimiser l’utilisation de la lumière naturelle, dans le but de diminuer la consommation énergétique. Selon l’ADEME, cette mesure permettrait en 2010 d’économiser environ 440 GWh par an, équivalant à la consommation d’une ville de 200 000 résidents. Actuellement, environ 70 pays appliquent cette pratique. En 1998, l’Union européenne a établi un calendrier harmonisé : le passage à l’heure d’été se fait le dernier dimanche de mars, et celui à l’heure d’hiver le dernier dimanche d’octobre. Néanmoins, les économies d’énergie projetées se sont estompées avec les avancées technologiques et l’adoption des éclairages LED.
Le prochain changement d’heure interviendra donc lors de la nuit du 24 au 25 octobre 2026, offrant ainsi une heure de sommeil supplémentaire. Les dispositifs numériques s’ajusteront de manière automatique, tandis que les horloges analogiques nécessiteront un réglage manuel. D’après les experts en chronobiologie, l’adaptation de notre organisme pourrait prendre entre 3 et 7 jours, touchant plus particulièrement les enfants et les personnes âgées. Les données indiquent également une hausse de 18 % des accidents de piétons durant la soirée suivant le passage à l’heure d’hiver.
Le vote de 2019 : une décision européenne sans véritable conclusion
Le 26 mars 2019, le Parlement européen a exprimé sa volonté de supprimer le changement d’heure saisonnier à partir de 2021, chaque État devant faire un choix entre l’heure d’été et l’heure d’hiver. Malgré une forte approbation de 84 % lors d’une consultation publique en 2018, l’accord parfait nécessaire entre les 27 États membres s’est avéré insaisissable. Aucun pays ne souhaitant risquer des décalages horaires susceptibles de perturber le commerce et les connexions. La France et l’Allemagne doivent coordonner leurs décisions, l’Espagne hésitant entre le modèle portugais et parisien, pendant que les pays nordiques et méditerranéens se distinguent quant à l’heure à adopter.
La crise sanitaire due à la Covid-19 dès mars 2020, suivie du Brexit et des tensions en Ukraine, ont relégué le changement d’heure au second plan. Dans ce climat, l’harmonisation des fuseaux horaires a été considérée secondaire, entraînant un report indéfini des discussions techniques.
Pedro Sánchez relance le débat : vers une harmonisation européenne ?
En octobre 2025, Pedro Sánchez, le Premier ministre espagnol, a redynamisé le débat en appelant à l’élimination du changement d’heure à l’échelle européenne, mettant en exergue les avantages pour la santé et l’économie d’une stabilité horaire. L’Espagne a proposé une étude d’impact tenant compte des changements post-pandémie concernant le travail hybride et la consommation énergétique. Bien que le Portugal manifeste de l’intérêt, la France reste prudente, tandis que Berlin temporise. Les nations du Benelux soutiennent le principe mais conditionnent leur accord à une synchronisation totale avec leurs partenaires commerciaux.
La difficulté réside dans la coordination des décisions des 27 pays. Par exemple, un décalage entre la France et l’Allemagne compliquerait la vie des travailleurs frontaliers et engendrerait des difficultés pour les entreprises. La SNCF souligne qu’une désynchronisation nécessiterait des ajustements complexes pour les trains internationaux, et des erreurs de réservation pourraient survenir pour les compagnies aériennes. L’absence d’une direction politique forte au niveau européen freine toute avancée significative.
Scénarios pour après 2026 : harmonisation ou statu quo ?
Trois scénarios sont envisagés pour l’après-2026 : un statu quo prolongé jusqu’en 2030, une harmonisation progressive entre 2027 et 2029 portée par un groupe de pays volontaires, ou une suppression soudaine en 2027 imposée par une directive européenne. Le scénario d’une harmonisation progressive apparaît être le plus plausible, nécessitant un accord franco-allemand et une transition technique d’une durée de 18 mois. Le changement d’heure d’octobre 2026 pourrait constituer le dernier passage à l’heure d’hiver en Europe, mais sans une volonté politique affirmée, cette tradition pourrait perdurer.
En attendant une décision unifiée des capitales européennes, les Français continueront de régler leurs montres deux fois par an, et le débat demeurera ouvert.