Le vingtième baromètre Ipsos pour le Secours populaire met en lumière une aggravation significative de la pauvreté en France. En effet, il apparaît que 40 % des actifs considèrent que leurs revenus ne suffisent plus à couvrir leurs dépenses, 37 % déclarent ne pas pouvoir se nourrir de manière adéquate et près d’un tiers de la population a sauté un repas faute de ressources. La France présente des indicateurs de précarité qui dépassent de près de dix points ceux de l’Allemagne ou de l’Italie, rapportent TopTribune.
Un tiers des Français renonce à se nourrir correctement
Le dernier baromètre Ipsos pour le Secours populaire, publié récemment, souligne qu’une proportion alarmante de 37 % des Français ne peut plus se permettre une alimentation saine avec trois repas quotidiens, ce qui représente une hausse de 4 points par rapport à l’année précédente. Pour les ménages dont les revenus sont au niveau du SMIC, cette statistique grimpe à 58 %, compromettant leur santé et leur bien-être.
De plus, 29 % des Français avouent avoir déjà sauté un repas malgré la faim, dont 11 % l’ont fait au cours des six derniers mois. Ce phénomène, devenu courant pour des millions de concitoyens, ne concerne plus seulement la qualité, mais aussi la quantité de nourriture disponible.
« Nous rencontrons régulièrement des familles qui, dès le 20 du mois, n’ont plus de moyens pour le carburant nécessaire à leurs déplacements professionnels et doivent renoncer à des achats pour leurs enfants », confie Houria Tareb, secrétaire nationale du Secours populaire en charge de la solidarité. Les bénévoles constatent quotidiennement les difficultés des familles qui n’ont pas les ressources suffisantes pour vivre dignement.
Quand le travail ne suffit plus à couvrir les dépenses essentielles
Quarante pour cent des actifs français estiment que leur emploi ne permet plus de couvrir les dépenses essentielles, soit une augmentation de dix points sur une année. Cette situation soulève des questions sur l’idée que le travail assure une vie décente.
« Cet indicateur est sans doute le plus révélateur. Il reflète ce que vivent les bénévoles au quotidien : les personnes que nous accueillons cherchent à gérer leur budget, mais leurs salaires ne leur permettent pas de vivre dignement », souligne Houria Tareb. La hausse perpétuelle des coûts énergétiques, alliée à la réduction des budgets sociaux, plonge de nombreuses personnes dans une spirale où les revenus, même issus du travail, sont insuffisants face à une inflation galopante.
En conséquence, 18 % des Français vivent désormais à découvert, une hausse de trois points par rapport à 2025. Coincés entre des salaires bas et des dépenses fixes inévitables, ils se retrouvent continuellement à découvert, sans marge pour les imprévus. En Europe, un tiers des habitants déclarent ne pas avoir de revenus suffisants pour répondre à leurs besoins, mais la France se retrouve dans une situation encore plus préoccupante.
L’énergie, nouveau marqueur du déclassement social
Plus d’un quart des Français (26 %) ont dû renoncer à des dépenses essentielles l’année dernière pour régler leurs factures d’énergie. Cela illustre des choix cruels : se chauffer ou se nourrir, éclairer sa maison ou payer pour se rendre au travail. La précarité énergétique est désormais ancrée dans la structure même de la pauvreté en France.
En outre, 28 % des Français ont dû laisser de côté des dépenses cruciales pour financer leur carburant, et 53 % ont volontairement diminué la température de leur logement à moins de 18 degrés l’année précédente. Ces mesures d’austérité ont un impact direct sur la santé, en particulier pour les enfants et les personnes âgées.
L’énergie est devenue un indicateur majeur du déclassement social depuis la crise des Gilets jaunes. Sept Français sur dix (73 %) estiment avoir moins accès à une énergie abordable que leurs parents. Plus alarmant encore, 80 % craignent une dégradation continue pour les générations futures, témoignant d’un profond désespoir face à un avenir jugé inéluctablement plus difficile.
Un effondrement du niveau de vie qui touche tous les aspects du quotidien
Au-delà de l’alimentation et de l’énergie, les conditions de vie se dégradent de manière significative. Près d’un Français sur deux ne peut plus régler ses frais de transport ou d’abonnement à des services publics (46 %), une augmentation alarmante de douze points en un an. Le logement absorbe une part toujours plus importante des budgets : 33 % des Français peinent à régler leur loyer, leur emprunt immobilier ou leurs charges, un chiffre en hausse de cinq points.
Pour les ménages dont les revenus sont inférieurs à 1 400 euros, la situation est particulièrement critique, avec des disparités allant de 17 à 20 points pour les dépenses liées au transport et au logement.
La France décroche par rapport à ses voisins européens
La gravité des privations en France est particulièrement saisissante par rapport aux autres pays d’Europe occidentale. « Plus d’une personne sur deux a récemment souffert de privations dues à sa situation financière, dépassant les chiffres observés dans d’autres pays d’Europe de l’Ouest », indique Pierre Latrille, directeur d’études chez Ipsos. L’écart avec l’Italie et l’Allemagne atteint près de dix points.
Les renoncements aux loisirs familiaux touchent 48 % des Allemands et 59 % des Italiens et Britanniques, contre 73 % des Français. L’incapacité à subvenir aux besoins fondamentaux des enfants concerne 11 % des Britanniques, 12 % des Allemands, 13 % des Italiens, tandis que près d’un quart des Français (23 %) en souffrent. Plus de la moitié des Français ont récemment subi des privations en raison de leur situation financière, contre environ 40 % en Allemagne et au Royaume-Uni.