Démarchage téléphonique : une interdiction qui impacte le Maroc
Depuis le 11 août, le démarchage téléphonique non consenti est interdit en France. Cette décision pourrait entraîner jusqu’à 10 000 pertes d’emplois au Maroc, où de nombreux centres d’appels sont basés, rapporte TopTribune.
Un sondage réalisé en octobre 2025 révèle que 97 % des Français se disent « agacés » par le démarchage téléphonique. Plus d’un tiers des répondants affirment être appelés quotidiennement sur leur portable. Depuis l’instauration de cette loi, le nombre d’appels indésirables a considérablement diminué. Les entreprises ne peuvent plus contacter les consommateurs sans leur consentement, sous peine d’une amende pouvant atteindre 375 000 euros par appel. Toutefois, des exceptions subsistent pour les entreprises ayant un contrat avec le consommateur et pour les sociétés de presse concernant la vente d’abonnements.
Conséquences économiques au Maroc
La loi française a des répercussions directes au Maroc, où plusieurs centres d’appels sont en difficulté. « La majorité des sociétés de démarchage étaient en congés annuels » en août, mais « les premiers effets devraient se faire sentir dès cette rentrée », a déclaré Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appel. Il a observé que certaines entreprises n’ont pas renouvelé leur bail ou ont retiré leur enseigne à Casablanca.
Youssef Chraibi, président de la Fédération marocaine de l’outsourcing, avance qu’environ 10 000 emplois pourraient être menacés dans un secteur qui comprend de nombreuses petites structures avec un taux de turn-over élevé et une part significative de personnel non déclaré. Actuellement, le Maroc possède 600 centres d’appels, avec le marché français représentant plus de 80 % de leur chiffre d’affaires, comme l’indiquait le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise et de l’Emploi, Younes Sekkouri, en mars dernier.
Déclin d’un secteur en mutation
Benjamin Recher, chargé des relations institutionnelles de Que Choisir Ensemble, considère la fin du démarchage téléphonique non consenti comme « une grande victoire ». Cette réforme marque « le début de la fin » de ce mode de prospection, de moins en moins utilisé car les consommateurs ne répondent plus. Anas Benbrahim, ancien téléconseiller ayant travaillé 22 ans dans des centres d’appels à Casablanca, souligne que « les Français sont harcelés par les appels, il était naturel que ce marché finisse par disparaître ».
Les grands centres d’appels au Maroc, anticipant ce changement, ont commencé à diversifier leurs activités pour les entreprises françaises, en proposant des services tels que le service après-vente et l’assistance technique. « Ces activités permettent de reclasser une partie des équipes, même si cela ne suffira pas pour tout le monde », explique Ayoub Saoud. L’émergence de l’intelligence artificielle a également contribué à réduire les opportunités d’emploi dans ce secteur.
Une prohibition qui reste à surveiller
Bien que le démarchage téléphonique non sollicité soit désormais interdit, des appels d’entreprises ayant des contrats en cours ou ayant obtenu les coordonnées des consommateurs par le biais de formulaires restent permis. Benjamin Recher de Que Choisir Ensemble souligne que la loi vise à « mieux protéger les consommateurs des appels non désirés », tout en notant qu’il est probable que des appels persistent, notamment provenant de l’étranger. Pour aider à bloquer ces appels indésirables, un développeur toulousain a créé l’application gratuite Saracroche, qui compte plus de deux millions d’utilisateurs en France.