Le folk horror britannique reste absent du paysage cinématographique français malgré un riche folklore local

Le folk horror britannique reste absent du paysage cinématographique français malgré un riche folklore local

01.09.2026 07:37
2 min de lecture

La France, riche en mythes et traditions, reste en marge du folk horror, un genre marqué par le Royaume-Uni, révélant une différence profonde dans la perception historique des deux pays, rapporte TopTribune.

Image du film «The Wicker Man» (1973). | Via Allociné
Clément Poursain

Dans son ouvrage Finding Albion (Hodder Press, 2026), Zakia Sewell explore ce qui constitue une Grande-Bretagne alternative, nourrie de mythes et de folklore, toujours vivante aujourd’hui.

Elle résume sa quête: «J’ai développé une sorte d’obsession: pour les étranges mythes et légendes d’un passé lointain; pour les cercles de pierres et les mégalithes qui parsèment le paysage; pour les récits de rites païens transmis par nos ancêtres; et pour les coutumes populaires insolites qui célèbrent les cycles des saisons et du soleil. À mes yeux, ces récits, ces chansons et ces coutumes – que l’on peut tous regrouper de manière assez large sous l’appellation de “culture populaire” – incarnent l’esprit même d’Albion; ils évoquent une “autre” Grande-Bretagne.»

Le sous-genre horrifique baptisé «folk horror» a été popularisé à la fin des années 1960 et au début des années 1970 par plusieurs films cultes britanniques. Ce genre, en pleine résurgence depuis les années 2010, s’inspire du folklore rural et aborde des thématiques variées, comme les rituels occultes et les communautés isolées. Les récentes productions, notamment The Witch (2015) et Midsommar (2019), témoignent de cette richesse.

Dans sa chronique du documentaire Woodlands Dark and Days Bewitched (2021) pour Libération, Lelo Jimmy Batista souligne que le folk horror repose sur un «fascinant jeu de tensions – entre passé/présent, moderne/ancien, urbain/rural, évolué/primitif– qui lui permet de soulever de nombreuses questions culturelles, politiques et sociales».

Certains films, comme la trilogie fondatrice avec Witchfinder General (1968) et The Wicker Man (1973), illustrent la prédominance britannique dans le genre, dont la majorité des œuvres canoniques proviennent des îles britanniques. En revanche, en France, le folklore n’a jamais trouvé un écho similaire chez les cinéastes et écrivains.

La préhistoire comme berceau

Le folk horror tire son essence d’un héritage ancien, souvent enraciné dans des récits préhistoriques et païens. En Angleterre, des sites tels que Stonehenge et Avebury témoignent d’un lien profond avec le passé, intégrant des musées et des chemins autour des mégalithes, essentiels à l’identité britannique.

À l’inverse, bien que la France possède un grand nombre de monuments mégalithiques, leur reconnaissance est souvent limitée à des niveaux locaux. Les vestiges préhistoriques demeurent moins intégrés dans l’imaginaire collectif, notamment à cause d’une histoire axée sur des héritages gallo-romains et médiévaux, reléguant la période néolithique à l’arrière-plan.

Paganisme et héritage

Le folk horror est également lié à des éléments païens, qui, malgré leur christianisation progressive, continuent d’influencer la culture britannique. Les traditions populaires et les célébrations néo-pagans témoignent d’un héritage vivant, contrastant avec la situation française, où le folklore a été souvent perçu comme un objet d’étude figé dans le temps.

La Bretagne, avec ses traditions vivantes, reste une exception qui rappelle l’importance des récits et des croyances, même si ceux-ci ne parviennent pas toujours à s’imposer à l’échelle nationale.

La production contemporaine française, bien qu’abondante, tend à se concentrer sur des fractures sociétales modernes plutôt que sur des mythes ancestraux, cherchant ailleurs ses sources d’inspiration horrifiques.

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